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« Ce que peut l’histoire »

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Si vous avez un peu de temps devant vous – certes c’est ce qui vous manque le plus mais je vous invite vraiment à faire une halte ! -, écoutez le discours inaugural de l’historien Patrick Boucheron, titulaire de la chaire « Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVI» au Collège de France sur « ce que peut l’histoire ».

En voici un extrait : « Nous avons besoin d’histoire car il nous faut du repos. Une halte pour reposer la conscience, pour que demeure la possibilité d’une conscience – non pas seulement le siège d’une pensée, mais d’une raison pratique, donnant toute latitude d’agir. Sauver le passé, sauver le temps de la frénésie du présent : les poètes s’y consacrent avec exactitude. Il faut pour cela travailler à s’affaiblir, à se désœuvrer, à rendre inopérante cette mise en péril de la temporalité qui saccage l’expérience et méprise l’enfance. “Étonner la catastrophe”, disait Victor Hugo ou, avec Walter Benjamin, se mettre à corps perdu en travers de cette catastrophe lente à venir, qui est de continuation davantage que de soudaine rupture. »

Pour écouter la leçon inaugurale, c’est ici : leçon_inaugurale_Patrick_Boucheron

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Un été avec Victor Hugo

Un été avec Victor Hugo

Il ne vous aura pas échappé que les vacances d’été sont là ! L’occasion de changer de rythme et France Inter nous y invite avec cette formidable série diffusée chaque matin à 7h54 du lundi au vendredi. La série a commencé ce lundi 29 juin. Vous pouvez les « podcaster » à cette adresse : Un été avec Victor Hugo

Au micro et aux manettes, Guillaume Gallienne, sociétaire de la Comédie française, Laura Elmakki et Xavier Pestuggia.

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109 millions de repas

Excellente et alarmante interview d’Olivier Berthe, le président des Restos du Cœur, dans le dernier polka. L’article signé par Elisa Mignot est accompagné de quelques photos d’Alban Denoyel qui travaille depuis deux ans sur ceux qui vivent dans la rue et trouvent un fragile refuge sur les bancs publics. Les chiffres font peur. En 2011, les Restos du Cœur ont servi 109 millions de repas. Ce chiffre était de 8,5 millions en 1985, l’année de la création de l’association… Autre information édifiante : « aujourd’hui, les Français vivant sous le seuil de pauvreté sont plus nombreux qu’après la Seconde Guerre mondiale ». Sociologiquement, Les Restos du Cœur ont aussi évolué. Fréquentés à leurs débuts principalement par les chômeurs et les marginaux, ils voient arriver aujourd’hui de multiples profils : des jeunes de moins de 25 ans aux personnes âgées de plus de 60 ans, des mères célibataires, des travailleurs pauvres, des agriculteurs et même des chefs de petites entreprises qui font les frais de la crise. Et Olivier Berthe de souligner que depuis 27 ans, il n’a vu aucun changement notoire de la part des différents gouvernements qui se sont succédé. De droite ou de gauche, la pauvreté n’est pas un sujet qui « fait recette » et les politiques sociales développées ne sont que des « mesurettes » qui cachent (mal) l’impéritie de nos gouvernants. A moins de 90 jours de l’élection présidentielle, Les Restos du Cœur ont décidé d’apostropher les candidats par un courrier portant sur différents thèmes comme la politique du logement, « principe d’un accueil humanitaire inconditionnel » et la nécessité de pérenniser les politiques publiques pour plus d’efficacité. Gageons qu’ils seront entendus. Cette interview n’est pas sans rappeler le discours prononcé par Victor Hugo en 1849 devant l’Assemblée nationale législative. Intitulé « Détruire la misère », ce discours est une harangue virulente appelant à supprimer la misère, tout en posant la question de l’attitude de chacun, à la fois  « complice et solidaire », face à cette question.

Je vous en livre un extrait ci-dessous…

« Détruire la misère

Je ne suis pas, messieurs, de ceux qui croient qu’on ne peut supprimer la souffrance en ce monde ; la souffrance est une loi divine ; mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère.

Remarquez-le bien, messieurs, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. Les législateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse ; car, en pareille matière, tant que le possible n’est pas fait, le devoir n’est pas rempli.

La misère, messieurs, j’aborde ici le vif de la question, voulez-vous savoir jusqu’où elle est, la misère ? Voulez-vous savoir jusqu’où elle peut aller, jusqu’où elle va, je ne dis pas en Irlande, je ne dis pas au Moyen Âge, je dis en France, je dis à Paris, et au temps où nous vivons ? Voulez-vous des faits ?

Il y a dans Paris, dans ces faubourgs de Paris que le vent de l’émeute soulevait naguère si aisément, il y a des rues, des maisons, des cloaques, où des familles entières, vivent pêle-mêle, hommes, femmes, jeunes filles, enfants, n’ayant pour lits, n’ayant pour couvertures, j’ai presque dit pour vêtements, que de monceaux infects de chiffons en fermentation, ramassés dans la fange du coin des bornes, espèces de fumier des villes, où des créatures s’enfouissent toutes vivantes pour échapper au froid de l’hiver.

Voulez-vous quelque chose de plus douloureux encore ? Le mois passé, pendant la recrudescence du choléra, on a trouvé une mère et ses quatre enfants qui cherchaient leur nourriture dans les débris immondes et pestilentiels des charniers de Montfaucon !

Et bien, messieurs, je dis que ce sont là des choses qui ne doivent pas être ; je dis que la société doit dépenser toute sa force, toute sa sollicitude, toute son intelligence, toute sa volonté, pour que de telles choses ne soient pas ! Je dis que de tels faits, dans un pays civilisé, engagent la conscience de la société tout entière ; que je m’en sens, moi qui parle, complice et solidaire, et que de tels faits ne sont pas seulement des torts envers l’homme, que ce sont des crimes envers Dieu ! »

Extrait du discours de Victor Hugo à l’Assemblée nationale législative, le 9 juillet 1849.

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Ruy Blas

Pièce de Victor Hugo écrite en 1838, mise en scène par Christian Schiaretti

Bien que fort célèbre, je ne connaissais pas la pièce en cinq actes écrite par Victor Hugo. Ou plutôt si, mais à travers la vision comique de Gérard Oury dans son film La folie des grandeurs. L’histoire est simple : don Salluste, politicien espagnol, se voit chassé par la reine pour avoir abandonné sa servante après lui avoir fait un enfant. Condamné à l’exil, il a cependant le temps, juste avant de s’éclipser, d’ourdir un complot contre la reine, en instrumentalisant son laquais Ruy Blas, qu’il sait amoureux de cette dernière. Ruy Blas prendra donc la place de don César, le neveu de don Salluste. Voilà pour l’intrigue. Côté acteurs, Ruy Blas est servi par des acteurs magistraux, dont Robin Renucci dans la peau du sinistre don Salluste et Nicolas Gonzales, jeune acteur de la troupe du TNP, dans celle de Ruy Blas. Pour jouer don César, l’excellent Jérôme Kircher dont l’interprétation d’un seigneur déchu, qui a choisi de vivre avec les gueux, est à la fois drôle et touchante. Le tout donne une pièce de trois heures magnifiquement bien menée, alerte, aux accents comiques que n’aurait sans doute pas renier Gérard Oury. En filigrane, l’histoire d’une Espagne exsangue, pillée par ses seigneurs qui n’ont que mépris pour le peuple qu’ils saignent. Etrange modernité dans le climat économique et social actuel. Le public ne s’y est pas trompé hier. Le TNP, entièrement rénové après quatre ans de travaux, était plein. La « standing ovation » était amplement méritée.

Pour le plaisir une tirade de Ruy Blas. Que la langue française est belle !

Acte III, scène II, Ruy Blas s’adressant à la junte du Despacho Universal (conseil privé du roi) :

« O ministres intègres !

Conseillers vertueux, voilà votre façon

De servir, serviteurs qui pillez la maison !

Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez l’heure,

L’heure sombre où l’Espagne agonisante pleure !

Donc vous n’avez ici pas d’autres intérêts

Que d’emplir votre poche et vous enfuir après !

Soyez flétris, devant votre pays qui tombe,

Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe !

Mais voyez, regardez, ayez quelque pudeur,

L’Espagne et sa vertu, l’Espagne et sa grandeur,

Tout s’en va. – Nous avons, depuis Philippe Quatre,

Perdu le Portugal, le Brésil, sans combattre ;

En Alsace Brisach, Steinfort en Luxembourg ;

Et toute la Comté jusqu’au dernier faubourg ;

Le Roussillon, Ormuz, Goa, cinq mille lieues

De côte, et Fernambouc, et les Montagnes-Bleues ! »

Victor Hugo.

En bonus, la chronique de Vincent Josse sur France Inter le 18 novembre dernier à propos de Ruy Blas et du TNP. C’est à écouter à cette adresse :

christian-schiaretti-sur-france-inter-3449#more-3449

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L’idée et le mot

« L’idée sans le mot serait une abstraction ; le mot sans l’idée serait un bruit ; leur jonction est leur vie ». Victor Hugo in Post-Scriptum de ma vie.

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