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Venezia !

Lorsqu’on est à Vérone, Venise est toute proche… Je suis donc allée voir Venise, sous le soleil cette fois, puisque ma première rencontre avec cette ville majestueuse a eu lieu au mois de décembre il y a cinq ans, dans un brouillard épais et un froid humide vous transperçant les os. En version estivale et particulièrement au mois d’août, je déconseille fortement Venise. Non pour la chaleur mais pour le monde qui y grouille (j’emploie le terme « grouiller » à dessein). Venise m’a fait l’effet d’un parc d’attractions gigantesque aujourd’hui. C’est pour cela qu’il faut venir à sa rencontre à un autre moment dans l’année même si c’est avec pull, écharpe, manteau et grosses chaussettes. Vous l’apprécierez à sa juste valeur et la découvrirez vraiment. Quelques clichés tout de même…

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Un Vénitien anonyme

Un Vénitien anonyme de Donna Leon

C’est dans la torpeur d’un mois d’août à Venise que nous plonge cette nouvelle enquête du commissaire Brunetti. Un beau matin, près d’un abattoir de la banlieue de Venise, à Mestre, un équarrisseur découvre le cadavre d’un travesti. Défiguré, son identification est quasi impossible et la scène de crime ne présente que peu d’indices. Aidé du sergent Vianello, Brunetti ne tardera cependant pas à découvrir que l’homme au visage défoncé n’est autre que le directeur de la Banca di Verona. Une découverte qui mènera les deux policiers dans le rude milieu de la prostitution masculine sur fond de magouille financière.

Troisième roman de la série écrite par Donna Leon, Un Vénitien anonyme n’est sans doute pas le plus palpitant. Si la fin est intéressante dans la manière dont Brunetti s’y prend pour prouver la culpabilité d’une personnalité vénitienne, l’enquête traîne en longueur et mène le lecteur d’impasse en impasse. Donna Leon a cependant merveilleusement bien retranscrit l’ambiance d’un mois d’août à Venise, entre chaleur étouffante et odeurs nauséabondes qu’exhale le Grand Canal à cette période.

Extrait, page 27 : « Lorsque Brunetti quitta la pénombre de la questure, le soleil, dehors, lui tomba dessus comme une chape de plomb. Momentanément aveuglé par la lumière et ses reflets dans le canal, il prit à tâtons ses lunettes noires et les enfila. Il n’avait pas fait cinq enjambées qu’il sentait déjà la transpiration imbiber sa chemise et couler le long de son dos. Il tourna à droite, ayant décidé sur-le-champ d’aller prendre le quatre-vingt-deux à San Zaccaria, même s’il fallait pour cela marcher au soleil pendant une bonne partie du trajet. Les calli conduisant au Rialto avaient beau être toutes dans l’ombre des hauts immeubles, il lui aurait fallu le double de temps pour s’y rendre à pied, et l’idée de passer seulement quelques minutes de plus dehors lui était insupportable.

Lorsqu’il déboucha sur la Riva degli Schiavoni, il vit un peu plus loin, sur sa gauche, le vaporetto amarré au ponton et des gens qui en descendaient. Il se trouva alors confronté à un dilemme typiquement vénitien : soit il courait pour essayer d’attraper le bateau, soit il passait dix minutes sur l’embarcadère mouvant, pris en otage par le soleil, pour attendre le suivant. Il courut. Ses pieds martelaient déjà les planches de la rampe d’accès, lorsqu’il eut une deuxième décision à prendre : s’arrêter un instant pour composter son billet à la machine jaune, à l’entrée – et prendre le risque de rater le bateau – soit embarquer directement et payer un supplément de cinq cent lires. Puis il se souvint qu’il était en mission officielle et que, par conséquent, il se déplaçait aux frais de la ville. Le petit sprint de quelques dizaine de mètres avait suffi pour qu’il se retrouve inondé de sueur, et il préféra rester sur le pont pour offrir son corps au peu de brise créée par la nonchalante progression du vaporetto sur le Grand Canal. Il regarda autour de lui et vit les touristes à demi-nus, hommes et femmes en maillot de bain ou short, portant tout au plus un tee-shirt à col ouvert ; un instant il les envia, même s’il se savait incapable de se mettre dans une telle tenue ailleurs que sur une plage ». Donna Leon.

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La petite fille de ses rêves

La petite fille de ses rêves de Donna Leon

Si nous sommes toujours à Venise dans ce nouvel épisode des aventures du commissaire Brunetti, c’est au contact de la population rom que nous emmène Donna Leon. Sans misérabilisme, l’auteure américaine plonge le lecteur dans les difficiles conditions de vie des Roms et montre le sort réservé aux gens du voyage. A Venise ou ailleurs, ils ne sont pas les bienvenus.

Un matin pluvieux, le corps sans vie d’une petite fille est repéré dans les eaux du Grand Canal. Mises à part des égratignures aux mains, l’enfant ne semble pas avoir été battue et ses vêtements ne comportent pas de déchirures pouvant laisser penser qu’elle a été agressée. Aucune plainte n’a cependant été enregistrée à la questure concernant la disparition d’une petite fille.

Contrairement à ses précédents romans mettant en scène le commissaire Brunetti, le rythme de cette intrigue est très lent. Comme si Donna Leon nous invitait à nous mettre au diapason de son héros, touché au début du roman, par le décès de sa mère. C’est donc un Brunetti plus intimiste qu’elle nous donne à connaître, entre souvenirs d’enfance et leçons de vie, entre nostalgie et fureur de vivre et de transmettre, entre incompréhension face à la mort et questionnement sur le sens de la vie. Les personnages principaux n’ont pas réponse à tout, leurs enquêtes peuvent mener à des impasses et c’est aussi ce que j’aime dans les polars de Donna Leon, outre l’ambiance vénitienne.

Extrait, page 151 : « Brunetti aurait dû être amusé d’apprendre les relations qu’entretenait la signorina Elettra avec le clergé, mais le souvenir de la fillette, qu’on n’avait toujours pas identifiée, l’en empêchait. Les morts d’enfants équivalaient au vol de dizaines d’années, à la suppression de générations entières. Chaque fois qu’il apprenait le meurtre  d’un enfant, que ce soit lors d’un crime ou d’une guerre, d’une de ces guerres futiles qui les détruisaient par centaines ou par milliers, il comptait les années qui le séparaient de l’âge de soixante-dix ans et les ajoutaient au lot des années pillées. Son propre Etat avait ainsi volé des siècles ; d’autres avaient volé des millénaires, avaient piétiné les joies que ces enfants auraient pu connaître. Même s’ils avaient vécu une vie de misère et de souffrance, ils auraient eu une vie, non pas ce néant qui, pour Brunetti, se profilait derrière la mort.

Il retourna dans son bureau et, pour passer le temps en attendant les résultats de l’autopsie, relut plus attentivement les trois journaux qu’il avait pris avec lui. Quand il eut tourné la dernière page du troisième, tout ce qui lui restait était l’idée de ces soixante années de vie volées à la fillette que Vianello avait retirée des eaux du Grand Canal ». Donna Leon.

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De sang et d’ébène

De sang et d’ébène de Donna Leon

Encore un polar rondement mené par Donna Leon et son personnage principal, le commissaire Guido Brunetti ! Au cœur de Venise, sur le Campo San Stefano, alors que des touristes affluent et se pressent pour acheter quelques souvenirs, un vendeur à la sauvette d’origine africaine est assassiné à coup de silencieux. Un travail propre, à peine audible. Et d’ailleurs personne n’a rien vu. C’est avec ces maigres indices que le commissaire Brunetti commence son enquête que le vice-questeur lui demande, à mots couverts comme à son habitude, d’abandonner. C’est mal connaître Brunetti, d’autant que ce dernier retrouve chez la victime, un réfugié sans papier, des diamants non encore taillés. Comme tous les polars écrits par Donna Leon, un roman efficace qui se lit en quelques heures !

Extrait, page 208 : « Brunetti remarqua à peine les lions lorsqu’il arriva devant les portes de l’Arsenal, et entra directement dans le bar, cherchant des yeux le visage familier. Ne voyant pas Claudio, il consulta sa montre et constata qu’il n’avait mis que six minutes pour venir de la questure. Il commanda un café et se tourna pour faire face à la porte. Au bout de cinq minutes, il aperçut enfin la silhouette du bijoutier, soutenue par une canne, se profiler sur le pont rejoignant l’Arsenal.

Au bas du pont, Claudio alla se planter devant les lions de pierre qu’il se mit à étudier tranquillement, l’un après l’autre, comme s’il voulait graver leur tête et leur forme dans sa mémoire. Après quoi il retourna au pied du pont, regarda à gauche, à travers les portes de l’Arsenal, puis vers la lagune. Il repartit ensuite le long du canal, en direction du bacino. Qui l’aurait observé distraitement aurait pensé que l’homme à la canne était un amateur d’art intéressé par le secteur de l’Arsenal ; mais pour un policier, ce même individu vérifiait s’il n’était pas suivi. Claudio fit demi-tour et se dirigea vers le bar. Quand il entra, Brunetti le laissa décider de la méthode d’approche. Il vint se placer à côté de lui, au bar, sans le saluer. Lorsque le barman se tourna vers ce nouvel arrivant, celui-ci lui commanda un thé au citron ; après quoi il tira à lui l’édition du jour du Gazzettino qui traînait sur le bar. Brunetti commanda un second café. Claudio ne quitta pas le journal des yeux jusqu’à l’arrivée de son thé, le reposant à ce moment-là pour jeter un coup d’œil circulaire sur la place vide, avant de revenir sur Brunetti. « J’ai été suivi, hier après-midi ». Brunetti sucra son café et inclina la tête dans la direction de Claudio ». Donna Leon.

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C’est la rentrée!

Après une pause estivale que j’ose qualifier de « bien méritée », me voilà de retour avec quelques clichés pris dans le sud-ouest et quelques « critiques », les vacances étant un moment particulièrement propice à la lecture. A l’exception de deux livres, j’ai lu beaucoup de polars cet été. Vous ne serez donc pas étonnés de retrouver Donna Leon, grande prêtresse du polar à Venise ainsi que l’Islandais Arnaldur Indridason. S’il a un nom « à coucher dehors » (l’expression est savoureuse et je serai curieuse de savoir d’où elle tire son origine), ses livres sont riches de descriptions d’ambiance, de personnages et les intrigues très bien conçues. Place aux livres et aux photos, bonne rentrée à tous !

Le meilleur de nos fils de Donna Leon

Un matin, le jeune Ernesto Moro est retrouvé pendu dans les douches de la prestigieuse Académie militaire de Venise. Un suicide aurait sans doute conclu n’importe quel policier en charge de l’enquête. Sauf le commissaire Brunetti pour qui le jeune aristocrate n’avait aucune raison de mettre fin à ses jours. Ses recherches s’avèrent néanmoins compliquées face à des militaires sûrs d’eux-mêmes et hautains, peu bavards et dédaignant plus que tout la police. Sur fond de scandale politique et de prévarication au plus niveau de l’Etat, le commissaire Brunetti s’acharnera pour comprendre ce qui s’est réellement passé.

Extrait, page 103, à propos de l’inénarrable Giuseppe Patta, le vice-questeur, supérieur hiérarchique de Brunetti, celui dont on rêve tous : couard et « franc comme un âne qui recule » comme dit l’expression populaire. « Une minute s’écoula. Patta continuait de lire le dossier posé devant lui, tournant une page de temps à autre.

Semblable en cela à la plupart des Italiens, Brunetti n’avait que respect et approbation pour tout ce qui était beau. Quand il le pouvait, il choisissait toujours de s’entourer de beauté : sa femme, les vêtements qu’il portait, les tableaux qui décoraient son domicile et même la beauté de la pensée dans les livres qu’il lisait : toutes ces choses lui procuraient le plus grand plaisir. Comment se demanda-t-il (question qu’il se posait à chaque fois qu’il était resté une semaine ou plus sans voir son supérieur), comment un homme aussi beau que le vice-questeur pouvait-il être aussi radicalement dépourvu de toutes les qualités qu’on associait habituellement à la beauté ? La posture bien droite de Patta n’était que physique, car il était plutôt une anguille sur le plan moral ; la ligne ferme de la mâchoire trahissait une  force de caractère qui ne se manifestait en réalité que par de l’entêtement ; et les beaux yeux sombres ne voyaient que ce qu’ils voulaient bien voir. » Donna Leon.

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Requiem pour une cité de verre

Requiem pour une cité de verre de Donna Leon

C’est dans une Venise printanière et sur l’île de Murano, célèbre pour ses verreries, que Donna Leon nous plonge dans Requiem pour une cité de verre. Un veilleur de nuit, Giorgio Tassini, est retrouvé mort près de l’un des fours de la verrerie dans laquelle il travaillait. Simple accident ou assassinat ? Le commissaire Guido Brunetti s’interroge. Ce, d’autant plus que le veilleur de nuit ne cachait pas les recherches qu’il faisait sur les déchets toxiques rejetés dans la lagune par les entreprises locales. Vous ne lâcherez plus votre livre et ressentirez même, par moment, la forte chaleur dégagée par les fours…

Extrait, page 148 : « Les portes métalliques coulissantes de l’immense bâtiment de brique étaient juste assez écartées pour laisser passer un homme. Brunetti se glissa à l’intérieur et se trouva plongé dans l’obscurité. Il fallut un moment à ses yeux pour s’ajuster et lorsqu’il commença à distinguer quelque chose, il eut l’impression de se trouver face à un gigantesque Caravage. A l’autre bout de l’atelier plongé dans la pénombre, six hommes s’étaient un instant immobilisés à côté de l’ouverture d’un four rond, en partie éclairés par le peu de clarté naturelle qui filtrait des verrières du toit, en partie par la lumière qui jaillissait du four. Ils bougèrent et le tableau s’évanouit pour être remplacé par le ballet complexe dont Brunetti, tout au fond de sa mémoire, n’avait pas oublié les mouvements. Deux fours rectangulaires étaient installés à droite, mais le forno di lavoro, le « four de travail », était monté au milieu de l’atelier. Apparemment, il n’y avait que deux équipes à l’ouvrage, car il ne vit que deux maestri faire tourner une masse de verre en fusion au bout de leur canne. L’un deux semblait lancé dans la fabrication d’un plat, car la force centrifuge impulsée à la canne transforma tout d’abord la masse rougeoyante en une sorte de disque épais, puis en pizza. Cela ramena Brunetti à l’époque où son père avait travaillé – non pas comme maestro, mais comme servente – dans une verrerie semblable, des décennies auparavant. Sous ses yeux, ce maestro devint celui que son père avait assisté ; devint tous les maestri qui avaient travaillé le verre depuis plus de mille ans. » Donna Leon.

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Mort à La Fenice

Mort à La Fenice de Donna Leon

C’est par ce livre et son personnage principal, le commissaire Brunetti, que Donna Leon, romancière américaine vivant depuis plus de 25 ans à Venise, s’est fait connaître. Comme tous les romans mettant en scène le célèbre commissaire, Mort à La Fenice se déroule à Venise. Pour ceux qui ont visité cette « ville-musée », somptueuse au demeurant, presque irréelle, c’est un plaisir que de cheminer avec le commissaire dans les petites rues et les différentes places de Venise, de prendre le vaporetto, de saliver devant un plat de linguine aux palourdes accompagnées, comme il se doit, d’un vin italien. Ceux qui ne connaissent pas Venise, seront happés par l’histoire. Car Donna Leon sait s’y prendre pour tenir ses lecteurs en haleine. Et que demande-t-on à un polar ?

Autre détail qui a son importance et qui explique pourquoi j’ai acheté ce livre : son format. Comme vous pouvez le voir, Mort à La Fenice a été imprimé à l’italienne, c’est-à-dire que le livre s’ouvre de haut en bas. Proposé par les éditions Point 2, ce format, « le plus portable des livres » comme le vantent les premières pages, veut « conjuguer légèreté, solidité et maniabilité ». Mini volume et très bonne lisibilité. Vraiment innovant !

Extrait, page 361 : « (…). Allons manger. Il y a du poulet, des artichauts et une bouteille de Soave. – Le Seigneur soit loué » répondit-il. Il se leva et lui tendit la main pour l’aider et, ensemble, il s se rendirent dans la cuisine. Comme toujours, dans la minute où le repas arrivait sur la table et où tout le monde était prêt à manger, l’aîné des enfants Brunetti, Raffaele, sortit de sa chambre. A quinze ans,  il était grand pour son âge et rappelait son père par son physique comme par ses attitudes. Pour tout le reste, il ne s’inspirait de personne dans la famille et aurait certainement rejeté toute possibilité que son comportement ressemble à celui de qui que ce soit – mort ou vivant. Il avait compris tout seul que le monde était corrompu, le système injuste et que les hommes de pouvoir ne se passionnaient que pour une chose, le pouvoir. Etant la première personne dans l’histoire de l’humanité, à avoir fait cette découverte avec autant de force et de précision, il tenait absolument à manifester son mépris le plus total pour tous ceux que la grâce n’avait pas encore touchés et qui ne partageaient pas la clarté aveuglante de sa vision ». Donna Leon.

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