Archives de Tag: Venise

L’inconnu du Grand Canal de Donna Leon

L'inconnu du Grand Canal-Donna Leon

Dans le Grand Canal de Venise flotte le corps d’un homme défiguré. Sans papier sur lui, il est impossible de l’identifier et plusieurs jours après sa mort, personne n’a signalé sa disparition. Il est cependant porteur de la maladie de Madelung qui le rend difforme au niveau du tronc. C’est avec ce seul indice que le commissaire Brunetti démarre son enquête. Elle le mènera à Mestre dans un abattoir dont les pratiques sont plus que douteuses.

J’ai retrouvé avec plaisir le commissaire Brunetti, sa famille et son équipe, essentiellement, composée de Vianello et de signorina Elettra. Sur fond de chantage et de corruption, Donna Leon nous emmène cette fois dans l’industrie de la viande. À vous dégoûter d’en manger ! Le rythme est un peu lent mais en phase avec le temps que met Brunetti pour identifier le cadavre. L’histoire est bien menée, comme toujours !

Extrait, page 165 : « Brunetti ouvrit la portière. Dès qu’il posa le pied à terre, il entendit un bruit : un grondement venant de loin, qui aurait pu provenir de crécelles et de hochets, ou des ébats d’amants passionnés, voire d’un hautbois mal joué. Cependant, Brunetti savait ce que c’était et, s’il ne l’avait pas su, la puissante odeur de fer lui aurait indiqué ce qui se passait derrière ces portes. […] Le chauffeur klaxonna plusieurs fois : Brunetti doutait qu’on l’eût entendu. Mais après quelques secondes, comme dans un film, apparut un nouveau son, plus dur et plus mécanique que l’autre, et les deux battants du portail commencèrent à s’ouvrir vers l’intérieur. Brunetti attendit que la porte s’immobilise pour décider s’il retournait à la voiture , ou franchissait le seuil. L’odeur métallique s’accentua. Les portails et le cliquetis du mécanisme qui les propulsait s’arrêtèrent en même temps, ne laissant percevoir que le bruit de fond, maintenant plus fort. Un couinement aigu, qui devait provenir d’un porc, domina tous les autres bruits, puis prit fin aussi vite qu’il avait commencé, comme si le son s’était bloqué contre un mur. Cependant, le niveau sonore ne baissa pas pour autant : on aurait pu croire aux cris d’une cour d’école, où les enfants sont tout excités de pouvoir sortir jouer, mais il n’y avait rien d’enjoué dans ce brouhaha. Et personne ne risquait de sortir. » Donna Leon.

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Des amis haut placés de Donna Leon

Couverture Des amis haut placés de Donna Leon

Quel lien y a-t-il entre la visite d’un fonctionnaire du bureau du Cadastre chez le commissaire Guido Brunetti pour des questions de permis de construire de son appartement et, quelques mois plus tard, le décès soudain et violent de ce même fonctionnaire, alors que ce dernier avait tenté de reprendre contact ? C’est ce que va tenter de comprendre le policier vénitien entre trafic de drogues, corruption et usuriers ayant pignon sur rue.

Donna Leon mène une fois de plus son intrigue avec brio, ne nous délivrant le nom du coupable qu’à la toute fin. J’ai retrouvé le commissaire Brunetti avec plaisir, dans une cité des Doges printanière. La cuisine et l’art de vivre à l’italienne y sont moins présents que d’habitude mais le tout constitue un bon moment récréatif avant d’entamer le dernier livre d’Edwy Plenel intitulé Pour les musulmans.

Extrait, page 50 : « Bien avant de devenir policier, Brunetti avait renoncé à croire – s’il y avait jamais cru – aux coïncidences. Il ne savait que trop bien que les choses n’arrivaient que parce que d’autres s’étaient produites avant. Et depuis qu’il était dans la police, s’était ajoutée la conviction que les liens qu’il soupçonnait entre les événements, au moins ceux qu’il était de son devoir d’examiner, étaient rarement innocents. Franco Rossi ne lui avait guère fait d’impression, sauf lorsqu’il avait été pris de panique ou presque devant l’invitation de Brunetti à regarder la fenêtre de son voisin par-dessus le balcon, et avait levé les mains en un geste défensif. À cet instant, et seulement à cet instant, il avait cessé d’être le fonctionnaire zélé couleur muraille ne sachant que réciter les articles du règlement d’urbanisme pour devenir, aux yeux du policier, un homme comme lui-même, avec toute la faiblesse qui fait de nous des êtres humains.

Il ne crut pas une seule seconde que Rossi était tombé de l’échafaudage. Il ne perdit pas davantage de temps à envisager la possibilité que l’appel téléphonique inachevé de Rossi ait concerné un problème mineur de son service, par exemple, quelqu’un essayant de faire approuver un permis de construire obtenu illégalement ». Donna Leon.

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Brunetti et le mauvais augure de Donna Leon

Couverture Brunetti et le mauvais augure de Donna Leon

Alors qu’il rêve de randonnées dans le Haut-Adige et de fraîcheur diurne et nocturne par cet été caniculaire à Venise, le commissaire Guido Brunetti se trouve dans l’obligation de renoncer à ses congés pour cause de meurtre. En effet, un greffier, pourtant considéré d’une grande probité, vient d’être assassiné et Brunetti soupçonne une sordide histoire de trafic d’influence.

J’ai apprécié cette pause polar après Expiations de Ian McEwan, livre quelque peu chargé émotionnellement qui m’a longtemps habité. Le commissaire Brunetti est fidèle à lui-même, il aime toujours les bons vins et se régale de plats simples et savoureux. Venise, ses places, ses cafés où l’on déguste des tramezzini, ses marchés et ses touristes sont également toujours présentes. L’intrigue est bien menée et l’Italie, dans ses us et coutumes, toujours étonnante. Un classique !

Extrait, page 101 : « Sur le chemin de la questure, prenant une fois de plus le vaporetto pour échapper au soleil, Brunetti réfléchit à l’échange qu’il venait d’avoir avec Paola et à ce qu’elle n’avait pas dit aux enfants au cours du déjeuner. Combien de fois avait-il entendu prononcer cette phrase, « Governo ladro » ? Et combien de fois avait-il acquiescé silencieusement à l’idée qu’ils étaient gouvernés par des voleurs ? Mais au cours des dernières années, comme si ce qui leur restait de retenue et de vergogne avait été vaincu, les dirigeants du pays n’essayaient pratiquement plus de faire semblant. Et l’un de ses anciens supérieurs, le ministre de la Justice, accusé de collusion avec la Mafia, n’avait eu besoin que d’un changement de gouvernement pour que son affaire disparaisse des journaux ainsi que, pour ce que Brunetti en savait, du prétoire.

Par tempérament et par formation, Brunetti savait écouter : les gens le sentaient tout de suite et, en sa compagnie, parlaient librement et souvent même sans réserve. Au cours de l’année passée, ce qu’il avait entendu de plus en plus dans la voix des uns et des autres – dans celle d’une femme se tenant à côté de lui sur le vaporetto ou dans celle d’un homme dans un bar – était un sentiment de plus en plus fort de dégoût pour ceux qui les dirigeaient. Et peu importait qu’ils aient voté ou non pour les politiciens qu’ils vilipendaient : ils auraient été ravis de les enfermer tous sans exception dans le Parlement et d’y mettre le feu. » Donna Leon.

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Le Turquetto de Metin Arditi

Couv Le Turquetto de Metin Arditi

Voilà un livre qui vous garantira un dépaysement total !

L’histoire commence dans les rues sales et étroites de Constantinople en 1531. On y découvre Elie Soriano, jeune juif, orphelin de mère et bientôt de père, qui n’a d’autres souhaits que de dessiner. Il passe ses journées à scruter ce qui l’entoure pour le restituer ensuite, au fusain, dans un trait à la fois précis et rapide. On retrouvera ensuite Elie à Venise en 1574. Dans cette ville vouée à la débauche, où Le Grand Canal exhale ses odeurs nauséabondes, Elie est devenu Le Turquetto, le petit Turc. Le voilà peintre des plus grands après avoir appris son art auprès de son maître Le Titien. Mais dans cette Venise dirigée par l’Eglise catholique toute puissante, qui a fait des Juifs la cause de tous ses malheurs, un incident, provoqué par Le Turquetto lui-même, obligera ce dernier à rentrer à Constantinople après trente-cinq ans d’exil. Il aura juste le temps de peindre un dernier tableau qu’il fera livrer au Titien. Un tableau répertorié au Louvre aujourd’hui encore sous le titre L’homme au gant et signé de la main de… Titien.

J’ai dévoré ce livre. Tout sonne juste dans ce roman y compris le fil directeur choisi par Metin Arditi qui justifie son livre : et si le tableau présenté au Louvre était l’œuvre d’un autre que Titien ? En une économie de mots, Metin Arditi parvient magnifiquement bien à nous plonger dans les rues de Constantinople et de Venise aux côtés de ce petit garçon très peu intéressé par la chose religieuse. Seuls comptent le trait, le mouvement, la couleur, les volumes et la douce musique du fusain et du pinceau sur la toile…

Extrait, page 36 : « Djelal lui avait appris les exercices que faisaient les soufis lorsqu’ils se préparaient à la danse, des suites d’inspirations et d’expirations, d’abord très courtes, bouche ouverte, puis lentes et longues, qui renouvelaient l’air des poumons et donnaient au corps toute sa force.

Il lui avait ensuite appris à tailler un roseau. Puis à tracer un long trait droit au calame. Puis à dessiner une volute. Puis à copier. Puis à imaginer de nouvelles façons d’écrire les caractères, en respectant la tradition tout en laissant parler le sens du beau « que chacun a dans son cœur », disait Djelal. Très vite, Elie avait acquis une maîtrise de grand calligraphe, tant pour la précision du trait que pour la sensualité du dessin. Et lorsque Djelal lui donnait des indications, on aurait dit qu’Elie les avait devinées par avance.

Le garçon éprouvait un bien-être immense lorsqu’il se trouvait chez Djelal. La calligraphie l’apaisait. Sa rigueur le rassurait. Il aimait l’effort qu’elle exigeait de lui, la possibilité qu’elle lui offrait de dessiner de façon à la fois précise et pleine de fantaisie. » Metin Arditi.

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80000 photos pour une vidéo

Très jolie vidéo en stop-motion signée par le photographe Gioacchino Petronicce. Intitulée Pictures, elle a été réalisée à partir de 80000 photos prises au cours des trois dernières années à Paris, Barcelone, Venise, Hossegor, Toulouse, Montpellier, New York ou encore en Martinique. La musique est empruntée à Claude Debussy sans compter le son émouvant d’une caméra Super 8, comme un parfum de nostalgie.

De superbes photos de Gioacchino Petronicce sont aussi à découvrir ici

Page d'accueil du site de Gioacchino Petronicce

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L’affaire Paola de Donna Leon

Couverture l'affaire Paola de Donna LeonRevoilà notre commissaire Brunetti ! Et quelle n’est pas sa surprise lorsqu’en pleine nuit il est appelé par son équipe lui demandant de venir très rapidement en raison de l’interpellation … de sa propre femme, Paola ! Révoltée contre le tourisme sexuel que proposerait une agence de voyages située sur le Campo Manin non loin de la Piazza San Marco, cette dernière a voulu attirer l’attention du public en brisant la devanture de la boutique. Un acte qui met le commissaire dans une situation délicate, d’autant plus que Paola réitère son geste quelques nuits plus tard. L’histoire se complique un peu plus lorsque le propriétaire de l’agence de voyages est retrouvé mort, étranglé, chez lui.

Je me suis replongée avec grand plaisir dans la série que consacre Donna Leon à l’un de ses personnages fétiches, Guido Brunetti. Si l’enquête progresse lentement, au rythme des gondoles pourrait-on dire, les descriptions de Venise sont toujours aussi magnifiques. Bien sûr, l’amateur de polars noirs, au suspense haletant, n’y trouvera pas son compte mais je suis convaincue qu’il ne faut pas lire les livres de Donna Leon pour les enquêtes qu’elle met en scène mais pour tout ce qu’elle explique autour de ces dernières. De la vie à Venise au fonctionnement de l’Italie en passant par la différence de coutumes, de visions, de culture entre le nord et le sud de ce beau pays, sans oublier l’omniprésence de la mafia.

Extrait, page 41 : « Une fois dehors, il prit la direction du Rialto, suivant l’itinéraire qu’il empruntait depuis des dizaines d’années et connaissaient  par cœur. La plupart du temps, il tombait sur quelque détail qui avait le don de l’amuser, entre son domicile et la Questure : une manchette particulièrement absurde à la une des journaux, une faute d’orthographe sur l’un des T-shirts de pacotille vendus dans les kiosques placés aux deux extrémités du marché, ou bien le premier arrivage d’un légume ou d’un fruit de saison attendu depuis longtemps. Mais, ce matin-là, il ne remarqua rien de spécial ou d’amusant tandis qu’il traversait les étals, franchissait le pont du Rialto, puis s’engageait dans le dédale de ruelles qui allaient le conduire jusqu’à son lieu de travail.

Pendant une bonne partie du trajet, ses pensées tournèrent autour de Ruberti et Bellini ; il se demandait si la fidélité à leur supérieur hiérarchique, un supérieur qui les avait traités avec mansuétude et compréhension jusqu’à maintenant, allait peser plus lourd que le serment de fidélité qu’ils avaient fait à l’Etat. Il supposa que oui, mais, lorsqu’il se rendit compte qu’une telle attitude se rapprochait de l’échelle de valeurs qui avait motivé le comportement de Paola, il s’obligea à penser à autre chose, préférant même s’attarder sur ce qui allait être l’épreuve de la journée : la neuvième « des convocations du personnel » que son supérieur hiérarchique, le vice-questeur Giuseppe Patta, alias « Il Cavaliere », avait cru bon d’instituer dans son fief vénitien, depuis qu’il avait assisté à une conférence d’Interpol, à son quartier général à Lyon ». Donna Leon.

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La tentation de Venise

Crédit photo: Samott / Fotolia.com

Une fois n’est pas coutume, voici une expression du XXe siècle. Elle provient du titre du livre d’Alain Juppé publié en 1993 et exprime l’idée de vouloir se consacrer à autre chose, de changer de vie. Dans cet ouvrage, l’ex-ministre des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy s’interroge sur l’intérêt de consacrer sa vie à la politique. Il y évoque Venise, une ville qu’il aime particulièrement et dans laquelle il se rend régulièrement pour prendre du recul. D’où la tentation de s’y réfugier lorsque la tempête au dehors souffle trop fort et oublier un temps la violence du monde politique pour réfléchir à ce qui constitue l’essentiel de la vie. Une expression était née et elle est très usitée, cela vous étonnera, précisément dans le monde politique !

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