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Adèle et moi de Julie Wolkenstein

Couv Adèle et moi de Julie Wolkenstein« Waouh ! » Pardonnez cette onomatopée mais c’est le premier commentaire qui m’est venu à l’esprit lorsque j’ai refermé Adèle et moi de Julie Wolkenstein. Sur la couverture « on ne peut plus sobre », il est écrit « Roman ». Pourtant, ce livre fleure bon l’autobiographie et, après vérification, l’histoire qui nous est contée – écrite à la première personne du singulier – est en partie inspirée de faits réels, prenant vie entre Paris, Meudon et la Normandie de 1870 à nos jours. Adèle est l’arrière grand-mère de la narratrice. Une femme au caractère affirmé, avant-gardiste pour l’époque, qui partait à la chasse avec son père, très tôt veuf, sachant parfaitement bien gérer la fortune dont elle a héritée et décidant qu’elle se marierait par amour. C’est toute la vie d’Adèle qui nous est racontée à travers les yeux et les interrogations de l’une de ses descendantes. D’un siècle à l’autre, le vécu de l’une fait écho aux questionnements de l’autre, délivre des clefs de compréhension, interroge, interpelle, suggère, étonne, libère, trouble ! Adèle et moi contient toutes ces questions, qu’un jour ou l’autre, tout être humain finit par se poser : qui suis-je ? De quoi ai-je hérité de mes ancêtres, de quels non-dits suis-je constituée ? De quels atouts ai-je bénéficié à travers les siècles ? Vers quoi je tends ? Pour qui ? Pour quoi et pourquoi ? Que vais-je transmettre à mon tour ? De quels secrets suis-je dépositaire ?

Un autre point contribue à la force de ce livre à mon sens : l’omniprésence de la mer mais sans doute pourrais-je aussi écrire « de la mère ». Une mer tantôt d’huile, tantôt déchainée, magnifiquement bien décrite, tellement bien qu’on sent les embruns.

Extrait, page 172 : « À Paris, les manuels de savoir-vivre reprennent leurs droits. Il y a une marche à suivre qu’Oncle Jean, le père d’Arabella, maîtrise parfaitement, des convenances que Pauline respecte scrupuleusement.

Une foule se presse rue Barbet-de-Jouy puis à la messe pour plaindre la jeune orpheline dont tous les vêtements de deuil ont déjà été commandés lorsqu’elle descend du train avec la « moins brune » (l’autre a de jeunes enfants, elle n’a pas pu accompagner Adèle qui ne le regrette pas, préfère au contraire laisser leur brève intimité derrière elle, ne veut surtout pas se « donner en spectacle » de nouveau).

La pluie, les courants d’air n’ont pas cessé de secouer la maison blanche jusqu’à son départ. Adèle a attrapé un simple « refroidissement » mais qui l’a rendue aphone. Muette, elle reçoit les visites de condoléances, ce qui l’arrange bien. Tout ce qu’elle espère, c’est retrouver sa voix d’ici vendredi : elle veut absolument prononcer les intentions de prière, à l’église. Elle mâche sans arrêt de gommes à la réglisse qui accélèrent les battements de son cœur et l’empêchent de dormir. Le vendredi, sa voix est revenue, mais elle a perdu au moins quatre kilos.

Assise au premier rang de Sainte-Clotilde, entre Pauline et Oncle Jean, Adèle qui s’est juré de garder les yeux secs et la gorge aussi dégagée que possible jusqu’à ce qu’elle ait dit ce qu’elle a à dire et maîtrise absolument son émotion, regarde les orateurs se succéder. Des collègues de l’Académie de Médecine louent le travail et la disponibilité de son père. Le prêtre n’a pas grand-chose à dire, sinon qu’il était un paroissien charitable : Aimé Duval donnait aussi facilement pour ses œuvres qu’il fréquentait peu régulièrement son église et le prête a peut-être eu vent, en confession, de ses conquêtes féminines » Julie Wolkenstein.

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Et c’est qui qu’a rempli la mer ?

Crédit photo: Zacarias da Mata - Fotolia.com

Crédit photo: Zacarias da Mata – Fotolia.com

Entendu dans le RER C la semaine dernière, cette jolie question d’un enfant à sa mère… « Et c’est qui qu’a rempli la mer, Maman ? ».

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Les déferlantes

A la lecture des premières pages, le livre de Claudie Gallay est déroutant. Des phrases très courtes, beaucoup de dialogues concis, rugueux qu’aucun guillemet n’annonce. Juste l’essentiel comme si la narratrice voulait s’économiser ou ne pouvait en dire plus. Page après page, nous voilà plongés dans un huis clos lourd d’histoires ordinaires près de La Hague. Le climat y est rude comme ses habitants et pourtant, on s’attache drôlement à ces derniers. Qu’il s’agisse de Raphaël et ses sculptures émaciées, creusées de l’intérieur, de Morgane et ses rêves de grand amour, de Max et son bateau, Lili à son comptoir… Et bien sûr il y a Lambert, à la recherche de son passé. La narratrice, elle, échouée sur ces terres hostiles comme un animal blessé, veut oublier.

Un livre à lire sans attendre, porteur d’espoir, malgré les déferlantes que la vie nous inflige.

A noter la photo de couverture est de Philippe Plisson, grand photographe maritime.

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