Archives de Tag: Jura

46° 44′ 4″ Nord, 6° 1′ 7″ Est

Gillois – Jura – Crédit photo KP

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Classé dans Déclic, La photo de la semaine

Entre Doubs et Jura

Une belle journée s’annonçait le 10 mai dernier. Dehors dès 8 heures, au son des grillons et des oiseaux du matin, j’ai saisi mon Pentax K-50 pour quelques clichés. A gauche, ce sont les contreforts du Jura que l’on aperçoit. Devant, un champ d’orge.

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Ciel du Jura

Aujourd’hui dans les Monts du Jura… Journée magnifique !

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Tiennot de Bernard Clavel

Encore un magnifique livre de Bernard Clavel ! Tiennot, diminutif d’Etienne, vient de perdre son père, Justin Biard. Sa mère n’est déjà plus, tuée par les Allemands durant la seconde Guerre mondiale. Ne lui reste que son île. L’île aux Biard. Un petit bout de terre au bord de la Loue, dans le Jura, qui accueille une unique bâtisse de deux pièces et un appentis pour les lapins, les poules et le mulet avec lequel Tiennot entretient de grandes conversations. Le voilà seul, à 35 ans. Simplet, doté d’une grande force, ce vieux garçon se plaît à penser qu’il pourrait rencontrer une femme. Aussi accepte-t-il la proposition de Flavien, le cafetier du village, lorsqu’il lui propose de lui faire rencontrer Clémence, aux seins et aux formes généreuses.

Extrait, page 542 des Œuvres 3 aux éditions Omnibus : « Deux semaines s’étaient écoulées depuis l’enterrement du père Biard, et la grosse chaleur tenait toujours. Les forêts semblaient s’être assoupies, baignées d’une vapeur de cendres qui unissait le ciel et la terre. Quelques orages avaient grondé dans les lointains, vers les fins d’après-midi. Certains s’étaient sans doute déchirés aux plus hautes chaines du Jura, car l’eau de la Loue, légèrement troublée, avait monté de quarante centimètres en quelques heures, pour redescendre aussi vite dès le lendemain.

La tranchée de la forge achevée puis rebouchée et soigneusement damée, Tiennot s’était livré à d’autres besognes pour des gens du village. Ce n’était pas l’ouvrage qui lui manquait, avec son arrosage, la cueillette des légumes et les soins à donner aux bêtes. Le dimanche, il était allé renquiller tout l’après-midi, et il avait gagné dix francs sans se fatiguer. Le soir, alors qu’il rangeait les boules et les quilles, le cafetier l’avait pris à part pour lui dire : – nos affaires sont en chemin, mon vieux Tiennot. Ce serait pour cette semaine que ça m’étonnerait pas. Je t’ai trouvé ce qu’il te faut… Tu verras.

Tiennot avait ouvert la bouche pour poser une question, mais le temps que les mots lui arrivent, Flavien avait déjà regagné la salle. Seul dans la cour du café, sous l’ampoule suspendue aux basses branches du tilleul et enveloppée d’un tourbillon de moucherons, Tiennot était resté longtemps figé, pareil à une énorme quille un peu penchée, oubliée sur l’aire de jeu. Puis, il avait regagné son île, observant à la dérobée chaque fille endimanchée qu’il croisait en chemin ». Bernard Clavel.

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Le silence des armes de Bernard Clavel

C’est à la fin des années 50 dans un petit village du Jura que nous plonge Bernard Clavel dans Le silence des armes. Jacques Fortier, fils de paysans, descend du train un beau matin. Il revient du front. Celui d’Algérie. Pour cause de maladie. Chez lui, personne ne l’attend. Son père est mort il y a trois ans sans qu’il ait eu le temps de le revoir. Sa mère est morte il y a quelques semaines seulement mais il n’a pas pu se rendre à ses obsèques. Le voilà seul dans cette grande maison dans laquelle des générations de Fortier sont nés, élevés dans le respect de la terre et la sérénité du temps qui passe pour laisser à la nature le soin de faire son œuvre. La maison silencieuse et poussiéreuse est l’occasion pour le jeune homme de se souvenir d’où il vient, ce qui l’a construit, ce que ses parents, et notamment son père, lui ont transmis. A lui. Lui, le fils unique, qui, par opposition à son père, s’est engagé dans l’armée pour servir la France en Algérie. Son introspection, menée en redécouvrant la terre de ses ancêtres – les descriptions qu’en fait Bernard Clavel sont saisissantes de réalisme -, les objets du quotidien et les histoires que l’on se raconte entre villageois, sera aussi vertigineuse que douloureuse.

Ecrit de 1972 à 1973, une année avant Lettre à un képi blanc, Le silence des armes est un manifeste antimilitariste. Bernard Clavel y dénonce les atrocités et l’absurdité des guerres, de toutes les guerres, quelles que soient leurs origines ainsi que le pouvoir dont usent et abusent les hommes politiques de tout bord pour servir leurs propres intérêts, quitte à sacrifier des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants. Trente-neuf ans plus tard, d’un bord à l’autre de la planète, ce texte sonne d’une étrange modernité.

Extrait, page 392, Œuvres 3 de Bernard Clavel aux éditions omnibus : « Coupant à travers une large pâture, Jacques fila droit vers la crête. L’image lui revient aussitôt de son père marchant là, dans la neige fraîche, sous un ciel de suie, alors que la bise grinçait en s’accrochant aux épines noires et aux barbelés. Il y avait très longtemps de cela, mais l’image lui était restée de cet homme sombre avançant devant lui pour faire la trace. C’était son père qui lui avait appris à couper droit pour atteindre l’arête à l’endroit précis où, échancrée sur quelques mètres, la forêt laisse accès à une roche en promontoire. « C’est de là qu’on voit le mieux le village, disait le père. Et j’ai remarqué que c’est le seul endroit d’où je puisse découvrir toutes mes terres en étant sur l’une d’elles. »

En effet, le rocher faisait partie d’un bois qui dégringolait le versant et qui appartenait aux Fortier depuis plusieurs générations. De là, on dominait les vignes, et, lorsqu’on se tournait en direction du plateau, on avait devant soi deux parcelles en équerre qui avaient toujours fourni le fourrage pour le cheval. Jacques les regarda. Elles étaient propres parce qu’il avait donné aux Mercier la permission d’y amener leurs bêtes. Plusieurs fois, il fit un tour complet sur lui-même, en se donnant le temps de tout examiner. Il retrouvait sa terre. Il en avait conscience, et, debout dans le vent et la lumière dure de la lune, il se sentait fort et lucide comme il ne l’avait jamais été. Aujourd’hui, il était devenu un autre homme. Ou, plus exactement, il avait laissé faire surface à l’homme qu’il était et qu’il s’était acharné à museler. Enfant, il avait appris la terre avec son père dont les gens du pays disaient qu’il était fou parce qu’il respectait la vie, mais dont ils s’accordaient à louer son savoir. Ce que d’autres détenaient d’instinct ou par tradition sans jamais chercher à l’analyser, le père de Jacques l’avait approfondi. Il avait su mener de front sa découverte naturelle de la terre et ce que les livres pouvaient y ajouter.» Bernard Clavel.

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