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La passion Lippi de Sophie Chauveau

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À Florence en 1414, un enfant de la rue aux pieds recouverts de corne dessine des fresques à même le sol. Remarqué par Cosme de Médicis, il est placé au couvent des Carmes pour devenir moine tout en commençant son apprentissage de la peinture avec Guido di Pietro. Entre l’enfant et le maître se tisse une relation teintée d’admiration et de respect tandis que Cosme de Médicis veille sur le prodige qu’il a découvert, sûr que ce dernier connaîtra un jour la gloire.

Très bon roman de Sophie Chauveau, dont La passion Lippi est le premier d’un triptyque qu’elle a consacré au siècle de Florence avant Le rêve Botticelli et L’obsession Vinci (dans ma pile à lire !). L’auteur de nombreux essais et d’une monographie sur l’art comme langage de l’amour s’est documenté quatre ans durant pour écrire La passion Lippi. Et le résultat est très réussi. Sophie Chauveau nous plonge dans l’Italie et la Florence du Moyen Âge avec une grande maîtrise. J’ai apprécié aussi bien la description de Florence à cette époque, les jeux de pouvoir entre les Médicis et les grandi (les oligarques) florentins que les descriptions du travail de Filippo Lippi et de son maître, la recherche du pigment qui marquera la fresque, l’obsession de Filippo Lippi pour les femmes qu’il aime tendrement comme un petit garçon à qui l’amour de sa mère a manqué. Sophie Chauveau évoque aussi la manière dont les peintres de l’époque cherchaient et fabriquaient leur couleur tout comme le passage de la peinture du statut d’activité artisanale à celle d’artiste.

Extrait, page 31 : « À l’aube de ce siècle, personne ne connaît Guido di Pietro. Le quatorzième s’est achevé sur le triomphe de Giotto. Absolu et incontestable. Tel un cri déchirant le silence de ces siècles de peste noire, depuis on n’a plus peint, juste succombé.

Après Giotto, plus de peinture. Seuls des sculpteurs ont donné le sentiment de créer à nouveau. Plus une image, uniquement du relief, l’invention en trois dimensions et une façon neuve de voir le monde, les choses et les gens. Même les petites gens.

Inconnu, Guido, est déjà tenu par les siens pour un maître. En 1414, personne n’en doute dans la confrérie des artisans, ni d’ailleurs ne rivalise avec lui. Sa gloire est encore limitée mais déjà inimitable. Saluée pour sa rareté et son élévation. Plus que rustique, l’atelier en rase campagne témoigne d’une pauvreté à la limite de la gêne. Guido y est indifférent ; non qu’il soit au-dessus de ça, simplement il ne le voit pas. Trop occupé à œuvrer, humble et soumis à l’exigence du travail, il ne ressent que cet unique impératif. Ni chaud, ni froid, ni faim, ni soif ne sont susceptibles de l’entamer. Aussi salue-t-il l’arrivée de Médicis suivi de sa boule de haillons remuants, comme en un beau palais. Palais intérieur, sans doute. Il est prince en ce royaume. Traiter chacun comme un hôte d’honneur est pour lui la moindre des choses. L’enfant se tient en retrait. Accolades, embrassades… » Sophie Chauveau.

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Les raisons du doute de Gianrico Carofiglio

Couverture Les raisons du doute de Gianrico Carofiglio

Désigné en appel par Fabio Paolicelli pour être son défenseur, Guido Guerrieri se rend à la prison de Bari pour le rencontrer. Surprise ! Fabio Paolicelli n’est autre que Fabio Ray-Ban, un « cogneur fasciste » avec lequel l’avocat des Pouilles a eu maille à partir il y a 25 ans, alors qu’il ne faisait pas encore partie du barreau.

Spontanément, l’avocat n’a guère envie de s’occuper de la défense de Fabio Paolicelli qui ne l’a pas reconnu. Il croupit en prison depuis un an et demi pour trafic international de stupéfiants mais nie toute implication. Certes, des zones d’ombre persistent dans l’enquête qui a été menée et le comportement du premier avocat de Paolicelli est pour le moins surprenant mais le passé de Paolicelli ne plaide pas en sa faveur.

Décidé à refuser ce dossier, Guido Guerrieri reçoit, quelques jours plus tard à son cabinet, la visite de la femme de Paolicelli. Une rencontre qui le fera changer d’avis tout en malmenant ses convictions et sa déontologie.

J’ai pris grand plaisir à lire cette nouvelle enquête de l’avocat pénaliste de Bari qui nous laisse entrevoir le fonctionnement de la justice italienne et tout ce qui se trame dans ce milieu, entre petits arrangements et grandes machinations. Le personnage de Guido Guerrieri, féru de littérature et de boxe, est décidément attachant tout comme l’ambiance globale de ce livre, qui, à quelques incursions près à Rome, se déroule entièrement dans la ville de Bari, ville portuaire donnant sur l’Adriatique, ville de brassage, de départs et d’arrivées, de trafics en tout genre. Une belle découverte que cet auteur !

Extrait, page 41 : « Le dossier ne contenait pas d’autres détails notables. Il y avait un compte rendu toxicologique concernant la substance stupéfiante. La cocaïne était pure à 68%, c’est-à-dire d’excellente qualité. De quoi en tirer des centaines de milliers de doses à revendre au détail, d’après l’auteur du rapport.

Il y avait aussi les relevés des appels téléphoniques de Paolicelli et de sa femme. La brigade financière les avait saisis en pensant y trouver des contacts intéressants juste avant ou juste après le contrôle qui avait mené à la découverte de la drogue. De toute évidence, ce n’avait pas été le cas puisqu’ils avaient été transmis au parquet accompagnés d’une note riquiqui : « les relevés des communications téléphoniques saisis n’ont révélé aucun contact significatif. » Fin. » Gianrico Carofiglio.

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Témoin involontaire de Gianrico Carofiglio

Couverture Témoin involontaire de Gianrico Carofiglio

Guido Guerrieri est avocat à Bari, chef-lieu des Pouilles sur la côte adriatique. À 38 ans, sa vie a pris une tournure qu’il n’aurait pas imaginée: sa femme l’a quitté, son travail l’ennuie, ses amis aussi. Mais voilà qu’une jeune femme noire lui rend visite à son cabinet. Son compagnon, Abdou Thiam, instituteur au Sénégal, devenu vendeur de breloques sur les plages de l’Adriatique, a été arrêté pour le meurtre d’un petit garçon de 9 ans. Et tout l’accuse.

Le cas impossible à défendre en quelque sorte. Pourtant, Guido Guerrieri, sans trop savoir pourquoi et alors même que cette femme dit clairement qu’elle ne sait si elle pourra le payer, accepte de représenter et de défendre Abdou Thiam devant la justice italienne. Une décision qui emmènera l’avocat au bout de lui-même.

Premier livre traduit de Gianrico Carofiglio en octobre 2013, Témoin involontaire est non seulement très bien écrit mais très réaliste. Et pour cause, son auteur est aussi magistrat, spécialisé dans la lutte anti-mafia. Au-delà de l’enquête, il est très intéressant de découvrir comment Guido Guerrieri prépare la défense de son client, utilise la loi et ses failles pour bâtir son argumentaire et l’on se délecte à la lecture de sa joute oratoire, impressionnante. Gianrico Carofiglio nous donne aussi à connaître un personnage désormais récurrent dans ses romans, touchant et drôle. Et toujours l’Italie en toile de fond, sa bonne cuisine et ses bons vins, ses places et ses églises.

À découvrir sans tarder !

Extrait, page 77 : « Les jours qui suivirent cette fameuse nuit ne furent pas inoubliables. Au bout d’une semaine (environ), arriva l’avis de clôture de l’enquête. Le lendemain, à huit heures trente, j’étais dans le secrétariat de Cervellati pour demander une copie du dossier. Je rédigeai la requête et on m’informa que j’aurais les copies d’ici trois jours. Je m’en allai, en proie à des sensations négatives.

Le vendredi, ma secrétaire passa au parquet, paya les droits de reproduction, retira le dossier et rapporta le tout à mon cabinet. Je passai le samedi et le dimanche à lire et relire ces pages. Je lisais, je fumais et buvais du café allongé et décaféiné dans une grande tasse. Je lisais et fumais, et ce que je lisais ne me plaisait pas du tout. Abdou Thiam était dans de sales draps. La situation était encore plus grave que ce qu’il m’avait semblé à la lecture de l’ordonnance de placement sous mandat de dépôt. Ça ressemblait à l’un de ces procès sans issue, quand aller jusqu’à la phase des débats se résume à un massacre inutile » Gianrico Carofiglio.

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Le musée Maillol fait sa pub !

Depuis le 18 septembre, le musée Maillol à Paris donne à connaître la vie quotidienne des Etrusques du IXe au Ier siècle avant J.C à travers une exposition ouverte jusqu’au 9 février 2014. Huit siècles d’histoire au cœur de l’Italie avant que celle-ci ne soit dominée par Rome. J’ai aimé le film servant à présenter cette exposition : décalée, moderne, drôle ! De quoi donner envie d’aller au musée ! A vous de voir!

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Le jour avant le bonheur

Le jour avant le bonheur d’Erri de Luca

A Naples, quelques années après la Seconde Guerre mondiale, un jeune orphelin découvre la vie grâce à don Gaetano, le concierge de l’immeuble dans lequel il vit. L’occasion pour Erri de Luca d’évoquer sa ville natale, l’histoire tourmentée de l’Italie durant la guerre, les questionnements de l’enfance et, plus encore, ceux de l’adolescence avec son lot d’attentes, de désirs et d’incompréhension.

Si je connaissais Erri de Luca, auteur napolitain né en 1950, grand amateur d’alpinisme, je n’avais jamais eu l’occasion de lire ses livres. Cette première plongée dans l’univers « lucacien » m’a beaucoup plu et je me demande d’ailleurs à quel point cette fable initiatique n’est pas un récit autobiographique. Peu importe ! Pure fiction ou expériences vécues, l’écriture d’Erri de Luca évolue tout en finesse, aux frontières de la poésie et du conte parfois. J’ai aimé cette relation qui se noue au fil des années entre don Gaetano et ce jeune garçon, leurs parties de cartes, les repas qu’ils partagent et les rôles substitutifs qu’ils incarnent, le plus âgé étant comme un père, le plus jeune, le fils que le premier n’a pas eu. Un livre doux, drôle et poignant.

Extrait, page 50 : « Je ne savais rien de la nature, du corps. J’avais grandi bien maigre, affamé, mon seul défoulement était la partie de ballon le samedi après-midi et un entrainement au milieu de la semaine. La mer c’étaient les rochers de Santa Lucia, la nature c’était celle qui échouait dans mon épuisette.

Quelquefois, je voyais le golfe d’un tournant de la route sur la colline. Toute cette beauté, invisible à qui se trouvait dedans, ne semblait pas possible. Nous étions des poissons dans une épuisette, avec l’immensité de la mer autour. Je cherchais l’endroit où se trouvait notre ruelle, mais on ne la voyait pas, les rues étaient ensachées. Nous, nous vivions là ignorant comme la lumière et l’air variaient un mètre au-dessus de la ville. Du tournant sur la colline, la nature faisait un demi-cercle de terres avec le Vésuve au centre. La nature existait vue de loin. Don Gaetano m’emmena un dimanche sur le volcan.

« Tu dois le connaître, c’est le propriétaire, nous sommes ses locataires. Celui qui est né ici lui doit une visite. »

Nous sommes montés au milieu des genêts, puis sur la pierraille. Nous sommes arrivés au bord du cratère, un trou large comme un lac, où disparaissait la pluie fine du nuage avant de toucher terre. Le nuage de l’été nous trempait, mouillés de sueur et de sa pluie. Tout n’était que paix dans ce sac de brume légère, une paix tendue qui concentrait le sang. » Erri de Luca.

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2 roues

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Je ne pouvais pas quitter l’Italie sans prendre quelques photos de scooters, le moyen de locomotion roi dans cette ville et ce pays. Les vélos ont aussi toute leur place et cela m’a plutôt surprise. Ce n’était pas l’image que j’en avais. Un cliché qui tombe… c’est plutôt une bonne nouvelle, non ?

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