Archives de Tag: Islande

Le rouge vif de la rhubarbe de Audur Ava Olafsdottir

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Agustina vit en Islande avec Nina, une amie de sa grand-mère. De ses parents, elle sait peu de choses. Son père n’a vécu que quelques jours sur l’île où elle habite. Sa mère l’a confiée aux bons soins de Nina et est repartie à la poursuite des oiseaux migrateurs. Paralysée des deux jambes, Nina se déplace avec des béquilles et, malgré la difficulté, cherche toujours à prendre de la hauteur. Pour mieux voir et imaginer le monde. D’ailleurs, un jour, elle gravira elle aussi la « Montagne » et ses huit cent quarante-quatre mètres. Qu’importe son handicap, qu’importe les autres.

Merveilleux moments, délicieusement poétiques, que ceux passés avec cette jeune fille qui rappelle aux lecteurs que la vie se loge aussi dans des moments soi-disant insignifiants… Le vol d’une sterne, un lever de soleil qui n’en finit pas, une parcelle de rhubarbe qu’on cuisinera bientôt pour en faire de la confiture et la nature tout autour, tellement présente, tellement puissante. Une lecture toute trouvée pour s’extirper du chaos ambiant.

Extrait, page 19 : « Toutes les femmes du bourg offraient de la rhubarbe à leurs voisines à la fin du mois d’août. Elles rassemblaient une bonne quinzaine de belles tiges rouges, plus quelques autres, minces et blanchâtres, à mettre au milieu, ficelaient le tout et envoyaient l’enfant de la famille déposer la botte sur le perron des voisins avec leurs compliments. Et on recommandait au petit de n’entrer sous aucun prétexte, même si on l’y invitait.

Pour huit kilos de rhubarbe, il en fallait autant de sucre. Cette proportion pouvait toutefois varier d’une ménagère à l’autre. Sucre, cuisson, calibre et taille des morceaux, texture, couleur, tout dépendait de l’imagination, du caractère et du temps disponible de chacune. C’était d’ordinaire plus qu’assez. Outre qu’elle tranchait grossièrement les tiges et faisait cuire la confiture moins longtemps, Nina réduisait notablement la quantité de sucre, jusqu’à deux cent cinquante grammes par kilo de rhubarbe, ce qui explique que sa production passait pour particulièrement acide ». Audur Ava Olafsdottir.

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L’effet aquatique de Solveig Anspach

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Quadra lunaire, Samir est grutier à Montreuil. Il aime regarder la ville le soir lorsque le chantier est fermé, le casque audio vissé sur les oreilles. Un soir, il croise Agathe dans un bar. Trentenaire nourrie à la colère, elle est maître-nageuse à Montreuil. Séduit par cette personnalité électrique, il décide d’aller prendre des cours de natation avec elle, histoire de l’approcher, alors qu’il sait parfaitement nager. Le subterfuge tombe à l’eau rapidement et avec lui sa possible idylle avec Agathe, cette dernière détestant les menteurs. Choisie pour représenter la Seine-Saint-Denis au dixième congrès des maîtres-nageurs qui a lieu en Islande, Agathe s’envole quelques jours plus tard sans un mot. Fou d’amour, Samir part à son tour…

L'EFFET AQUATIQUE

Crédit photo : Elsa Palito

Beau film burlesque et poétique à la fois, dans une ambiance tantôt chlorée, tantôt sauvage ! Les acteurs – Florence Loiret-Caille et Samir Guesmi notamment – incarnent à merveille un petit bout de femme qui en veut à la planète entière et plus précisément aux hommes quand Samir Guesmi, lui, est touchant de naïveté et de maladresse.

Un film qui rafraîchit par ces temps troublés, un film touchant, rempli d’espoir que n’a malheureusement pas pu finir de monter sa réalisatrice décédée le 7 août 2015.

Pour voir la bande-annonce :

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Le livre du roi d’Arnaldur Indridason

Couverture Le livre du roi d'Arnaldur Indridason

En 1955, un jeune islandais, répondant au nom de Valdemar et venu étudier la littérature nordique ancienne à Copenhague, se retrouve mêlé, avec son directeur d’études, à une chasse au trésor grandeur nature dont les origines remontent à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Une chasse au trésor pour retrouver le livre du roi, véritable Graal de la littérature islandaise.

Pour une fois, Arnaldur Indridason délaisse le célèbre commissaire Erlendur pour mieux nous conter, à travers une aventure que n’aurait sans doute pas renier Indiana Jones, l’histoire de l’Islande et ce qui fait la fierté des Islandais aujourd’hui : les sagas. Genre littéraire né au XIIe siècle et créé, en pleine guerre civile, par les Islandais eux-mêmes, les sagas racontent la vie et les aventures de leurs ancêtres. Au-delà de cet aspect, c’est son amour pour la littérature, les livres et pour son pays qu’Arnaldur Indridason nous transmet. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire cette aventure, passée la difficulté de décrypter les noms d’auteurs islandais qui jalonnent ce roman et la quasi impossibilité de les retenir. Arnaldur Indridason nous régale avec son intrigue, menée de Copenhague à Berlin, et ses deux personnages principaux dont l’un est aussi bourru que l’autre est naïf. Le livre du roi est aussi une excellente opportunité de mieux comprendre les liens qui unissent l’Islande et ses voisins, notamment le Danemark.

Extrait, page 42 : « Lorsque je me mis à regarder plus attentivement autour de moi, j’aperçus un homme étendu par terre derrière le bureau. En voyant des chaussures marron usées, j’eus un choc. Ensuite, je vis qu’elles enveloppaient deux pieds qui disparaissaient sous le bureau. Je m’approchai. Je supposai que c’était le professeur et je crus tout d’abord qu’il avait succombé à une crise cardiaque. Lorsque je l’entendis respirer lourdement, ma crainte disparut. Je me penchai sur lui et lui touchai le front. Il était brûlant. Il tenait encore à la main une bouteille de cognac bon marché. Il était habillé en gris et son complet était fripé. Sur sa chemise blanche et sa cravate, il portait un gilet tricoté.

Je le poussai du pied mais sans résultat. Je me penchai sur lui et le secouai, mais il ne se réveillait toujours pas. Je ne savais que faire. J’aurais préféré m’éclipser et le laisser là cuver son eau-de-vie. Après tout, ce n’était pas à moi de venir en aide au professeur. Il devait avoir bu toute la nuit et il n’émergerait que le lendemain matin. Peut-être avait-il passé plusieurs jours à boire dans son bureau. Je me rappelai le gémissement qu’il me semblait avoir entendu la veille lorsque j’avais poussé la porte du bureau. De toute évidence, le professeur avait bien d’autres choses à faire que de recevoir les nouveaux étudiants. » Arnaldur Indridason.

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Melancholia

Une belle vidéo signée Enrique Pacheco, photographe à l’agence Getty Images. Au cours du solstice d’été et douze jours durant, il a photographié l’Islande puis a monté les images en time-lapse. Voici le résultat :

La musique est signée Ólafur Arnalds.

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La femme en vert d’Arnaldur Indridason

Couverture La femme en vert Arnaldur IndridasonAprès une phase ininterrompue de lecture (au moins quatre livres attendent sagement que je leur consacre un billet sur ce blog!), il m’arrive parfois de ressentir un flottement. Une sorte de trop plein, de « non envie ». Et de remettre le livre que je viens de sortir de la bibliothèque illico presto à sa place, en me disant, « non, ça ne me tente pas maintenant ! ». Après plusieurs tentatives au résultat identique, je m’oriente immanquablement vers les polars. Car ce sont eux qui me réconcilient avec les autres types de livres ! Eux, qui me donnent soif à nouveau, attisent mon appétit pour partir à la découverte d’autres auteurs.

Je viens donc de lire La femme en vert d’Arnaldur Indridason.

Dans une Islande froide et enneigée, nous retrouvons le trio habituel : Erlendur, le flic mélancolique et intuitif à la vie compliquée, Elinborg et Sigurdur Oli ses deux adjoints. Les voici confrontés à un squelette retrouvé lors de la construction d’un bâtiment sans autre sépulture, en haut d’une colline où, il y a tout juste cinquante ans, vivaient des soldats britanniques et américains, prêts à aller combattre au front. Les recherches commencent, deux histoires se mêlent, jouent avec nos nerfs, nous interrogent sur le hasard des rencontres, la capacité des êtres à résister à des violences, physiques ou morales, inouïes.

Extrait, page 68 : « Les archéologues reprirent les fouilles tôt le matin qui suivit la découverte des ossements. Les policiers qui avaient surveillé le périmètre pendant la nuit leur indiquèrent l’endroit où Erlendur avait farfouillé, là où se trouvait la main, et Skarphédinn fut saisi d’une colère noire en constatant la manière dont Erlendur avait retourné la terre. Jusque tard dans l’après-midi, on l’entendit répéter dans sa barbe : bon Dieu d’amateurs !

Dans son esprit effectuer des fouilles relevait d’une cérémonie sacrée au cours de laquelle chaque couche de terrain était dégagée l’une après l’autre jusqu’à ce que toute l’histoire qu’elle renfermait apparaisse et que tous ses secrets soient dévoilés. Le moindre détail avait de l’importance, chaque motte de terre pouvait abriter des indications capitales et les amateurs pouvaient détruire des indices essentiels.

Voilà le discours qu’il tint d’un ton réprobateur à Elinborg et Sigurdur Oli, lesquels n’avaient pas la moindre responsabilité dans l’affaire, pendant qu’il donnait des ordres à ses hommes. La tâche avançait avec une extrême lenteur à cause des minutieuses méthodes de travail employées par les archéologues. Le périmètre était quadrillé de long en large à l’aide de rubans qui délimitaient des parcelles selon une organisation précise. Le plus important était que la position du squelette ne soit pas modifiée lors des fouilles et ils faisaient bien attention à ce que la main ne bouge pas en enlevant la terre qui l’enserrait, de plus ils examinaient chaque poignée de terre avec précision ». Arnaldur Indridason.

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Entre ciel et terre

Entre ciel et terre de Jon Kalman Stefansson

Très beau roman que celui de Jon Kalman Stefansson qui nous emmène au XIXe siècle, au large de l’Islande, sur une fragile embarcation depuis laquelle des pêcheurs jettent leur filet. A bord, des hommes marqués par la vie en mer, aux visages creusés par le sel, burinés, que le vent, le soleil et le froid n’effraient plus. Deux jeunes hommes semblent pourtant différents. Pêcheurs plus par nécessité que par goût, leur vie est ailleurs. Dans les livres et la poésie, notamment celle de John Milton dans Le Paradis perdu. L’un d’eux, Barour, est tellement occupé à apprendre par cœur des passages entiers de ce livre qu’un vieux pêcheur aveugle lui a prêté qu’il en oublie de prendre sa vareuse, le jour d’un départ en mer. Si la météo est clémente au moment du départ, elle ne tarde pas à se dégrader… jusqu’à l’impensable. Et c’est un linceul que son ami ramène à terre. Fou de douleur, il s’empare du livre avec la ferme intention de le rendre à son propriétaire et d’en finir avec lui-même ensuite. Tournant le dos à la mer, son retour au village sera un long périple, initiatique, avec au bout du chemin deux mots qui prendront tout leur sens : amitié et loyauté.

Extrait, page 45 et 46 :

« Qui pose sa capuche

Emplie d’ombre

Sur toute chose,

Tombe le silence,

Déjà se lovent

La bête sur son lit d’humus

L’oiseau dans son nid

Pour le repos nocturne.

Barour avait été le dernier à sortir. Plongé dans le recueil de l’Anglais aveugle qu’un pasteur pauvre avait recomposé en islandais à ses heures perdues, il lit une nouvelle fois la strophe, ferme les yeux l’espace d’un instant et son cœur se met à battre. On dirait que les mots sont encore capables de toucher les gens, c’est incroyable, peut-être que, malgré tout, il subsiste quelque espoir. Mais voici qu’arrive la lune qui vogue lentement à l’intérieur d’une trouée sombre entre les nuages, ses voiles toutes gonflées de lumière blanche, à peine un demi-croissant qui monte sur la gauche, pourtant la nuit s’éclaire un instant. La lumière de la lune est d’une autre nature que celle du soleil, elle obscurcit les ombres, donne du mystère au monde. Le gamin lève les yeux et la regarde. Il lui faut autant de temps pour tourner sur elle-même qu’autour de la Terre, voilà pourquoi nous voyons toujours le même côté, elle est à environ trois cent mille kilomètres, il faudrait une éternité pour s’y rendre sur une barque à six rames, même Einar trouverait la distance suffisante ». Jon Kalman Stefansson.

Et comme la vie fait parfois bien les choses, Zoé Varier, sur France Inter, dans son émission Nous autres, a consacré hier soir son émission à Jon Kalman Stefansson et à L’Islande.

Voici le texte introductif de l’émission : « Debout sur la nuit du monde.  Entre ciel et terre, la mer, changeante, noire comme la pierre de lave, ou verte comme la mousse qui pousse. Debout sur la nuit du monde. Entre ciel et terre, la poésie, les mots,  qui nous consolent et nous aident à vivre.

Ce jour là, j’étais au bout du monde, là où la terre s’arrête, un autre Finistère, j’étais au  phare de Reykjanes à 50 kilomètres de Reykjavik. Avec moi, debout sur la nuit du monde, face à la mer, dans le vent glacé, Jon Kalman Stefansson, un des plus grands écrivains islandais, un grand poète et à ses côtés son traducteur fidèle Eric Boury.

« Entre ciel et terre » c’est le titre d’un de ses romans, une histoire de pêcheurs à la morue, une histoire de marin perdu, épris de poésie, hanté par le paradis perdu de John Milton qui en oublie sa vareuse et meurt de froid.

J’avais demandé à Jon Kalman de choisir un lieu où m’emmener pour me parler du paysage de l’Islande, de la nature, de son mystère, de cette terre impossible, qui fume, gronde, jaillit, tremble, de cette beauté dure et violente, il me semblait que seul un poète pourrait mettre les mots. Entre ciel et terre, ce soir, une heure lente, loin du grésillement du quotidien, loin de la crise, une heure face à la mer, dans le vent, au bout du monde, sur un champ de lave avec le poète Jon Kalman Stefansson ».

Pour écouter l’émission, c’est par là : emission-nous-autres-islande-1ere-partie-entre-terre-et-litterature-rencontre-avec-jon-kalman-stefan

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