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Cinq jours de Douglas Kennedy

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Femme et mère de famille, Laura, 42 ans, est technicienne d’imagerie médicale. Dans le couple qu’elle forme avec Dan, elle est la seule à travailler, son mari s’étant fait licencier quelques mois plus tôt. L’heure est donc à l’économie… de tout. Y compris des sentiments. Est-ce son mari ou elle qui a changé ? Amenée à remplacer son patron à un colloque à Boston, elle fait la rencontre de Richard, agent d’assurances. Dans son costume étriqué et derrière ses carreaux ringards, Richard porte la tristesse en étendard. Mais la vie peut être surprenante…

Sorti en 2013, Cinq jours – qui correspondent aux cinq jours que Laura va passer loin de chez elle – a été encensé par la critique et souvent désigné comme le meilleur roman de Douglas Kennedy. Si j’ai eu plaisir à lire ce livre – on y retrouve les thèmes chers à Douglas Kennedy comme le hasard, les choix que chacun fait tout au long de sa vie, les femmes, l’amour -, j’ai trouvé que, parfois, Douglas Kennedy faisait dans la facilité voire dans le cliché : une femme délaissée par son mari, mère de deux enfants, rencontre un agent d’assurances qui va changer sa vie. Et s’il avait raconté le contraire ? Un homme délaissé par sa femme ou une femme heureuse dans sa vie plaque tout pour autre chose. Le point fort malgré tout c’est que ce livre qui nous donne à connaître le regard que porte une femme sur sa vie a été écrit par un homme, avec une certaine justesse de ton dans laquelle beaucoup de femmes mariées ou vivant en couple peuvent se reconnaître.

Extrait, page 35 et 36 : « J’avais la plage pour moi. Trois heures dix-huit d’un magnifique après-midi d’octobre, le ciel d’un bleu intense, la fraicheur du soir déjà perceptible dans l’air encore lumineux. Le Maine. J’y ai passé toute ma vie. J’y suis née, j’y ai grandi, j’y ai fait mes études, je m’y suis mariée. Quarante-deux années ancrées sur cette terre. Comment est-ce arrivé ? Comment ai-je pu rester ici ? Et pourquoi tant de gens que je connais autour de moi ont-ils également décidé de limiter leur horizon à ce lieu ?

Je reviens sans cesse à Pemaquid Point. C’est mon havre, mon refuge. Un endroit environné par une nature grandiose devant laquelle on se sent forcément tout petit. Face à la mer. Deux ans auparavant, quand je faisais partie d’un club de lecture, nous nous étions immergés dans l’univers de Moby Dick. Lorsqu’une ancienne spécialiste de la marine nationale à la retraite, Krystal Orr, s’était demandé à voix haute pourquoi un si grand nombre d’écrivains choisissent l’océan comme métaphore de l’aventure humaine, j’avais répondu : « Peut-être parce que la vie semble moins limitée quand on habite sur le rivage. Parce qu’on a devant soi quelque chose qui symbolise une infinité de possibilités. » À quoi Krystal avait ajouté : « La plus importante et la plus séduisante de toutes étant celle de s’échapper. » Avait-elle lu dans mon esprit ? » Douglas Kennedy.

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La poursuite du bonheur de Douglas Kennedy

Couverture à la poursuite du bonheur de Douglas Kennedy

Le jour de l’enterrement de Dorothy Malone, Kate, sa fille, une petite quarantaine, croise le regard d’une inconnue parmi les personnes s’étant rendues aux obsèques. Si sa présence l’intrigue quelque peu, elle n’en fait guère plus de cas, son esprit vagabondant sur le sens de la vie.

Kate n’a désormais plus de parents et son frère, fâché avec sa mère depuis une dizaine d’années, n’a même pas daigné se présenter à la cérémonie.

Un peu plus tard dans la journée, Kate, qui a souhaité passer une dernière soirée dans l’appartement de sa mère, reçoit un appel téléphonique. Un « Pardon, je me suis trompée » vient interrompre le long silence qui s’est installé sur la ligne.

Le lendemain, Kate reçoit un courrier d’une dénommée Sara Smythe lui présentant ses condoléances et lui demandant de bien vouloir la rencontrer. Cette dernière dit connaître Kate depuis son enfance. Pour le lui prouver, elle lui fait remettre un album photos contenant moult clichés d’elle petite, de son frère et de ses parents. Mais qui est donc cette femme ?

C’est dans ce contexte que démarre La poursuite du bonheur de Douglas Kennedy. Paru en 2001, on y retrouve les thèmes qui sont chers à cet auteur comme celui des choix que l’on fait dans nos vies, plus ou moins conscients, et parfois lourds de conséquences ou encore celui de la trahison.

Ce roman est bien mené malgré quelques facilités dans l’écriture, probablement liées à la traduction. Il nous ramène dans l’Amérique d’après-guerre, au cœur des années maccarthystes pendant lesquelles tout Américain soupçonné de nourrir des affinités avec les communistes passait au grill de la commission du même nom, avec le risque d’être purement et simplement exécuté.

Douglas Kennedy excelle aussi – et comme toujours ai-je envie d’écrire – dans la façon qu’il a de construire le profil psychologique de ses personnages. Ce ne sont ni des héros ni d’infâmes êtres. Juste des hommes et des femmes, avec leur histoire, leurs failles, leurs rêves, leurs forces. C’est ce qui fait qu’il est difficile de ne pas se reconnaître dans l’un ou l’autre des personnages qu’il met en scène, dans les sentiments que ces derniers expriment. C’est aussi ce qui nous fait tourner les pages des romans de Douglas Kennedy.

 

Extrait, page 125 : « Cela peut paraître assez prétentieux et idéaliste, mais voilà, j’en étais encore tout au début de ce que l’on appelle l’âge adulte et j’étais parvenue à la conclusion – oh, très simple ! – que l’avenir est le champ du possible, à condition … À condition de se donner la chance de l’explorer. Or, justement, la plupart des gens de ma génération se contentaient d’entrer dans le moule, de faire ce que l’on attendait d’eux. Plus de la moitié des filles de ma promotion à Bryn Mawr avaient leurs noces programmées pour l’été, et tous ces garçons qui commençaient à rentrer de la guerre ne pensaient en général qu’à trouver un emploi, à « s’installer ». Nous, la jeunesse qui était censée récolter les fruits de la prospérité revenue, qui, comparée à nos parents, n’avait que des raisons d’être optimiste, qu’avons-nous accompli, pour la plupart ? Nous sommes devenus des salariés disciplinés, des femmes au foyer sans histoire, de braves consommateurs. Nous avons bouché notre horizon en nous enfermant nous-mêmes dans une existence étriquée.

Tout cela, bien entendu, je ne m’en suis rendu compte que des années plus tard. On est toujours plus lucide avec le recul, n’est-ce pas ? Mais, en ce printemps 1943, ma seule et unique préoccupation était de rendre ma vie « intéressante », ce qui supposait essentiellement de ne pas épouser Horace Cowett… et d’entrer à Life. » Douglas Kennedy.

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Cet instant-là de Douglas Kennedy

Couveture Cet instant-là de Douglas KennedyLa cinquantaine, écrivain, Thomas Nesbitt se trouve dans une maison isolée au fin fond du Maine lorsqu’il reçoit à quelques jours d’intervalle, un courrier et un paquet. Le premier est une requête en divorce présentée par sa femme devant l’État du Massachusetts. Une nouvelle à laquelle il s’attendait mais la réalité est toujours plus cruelle lorsqu’elle se présente devant vous, sans s’annoncer. Le second a été réexpédié par l’assistante de son éditeur et vient en fait d’Allemagne. Le nom de l’expéditeur, Dussmann, catapulte immédiatement l’écrivain 25 ans plus tôt, en plein Berlin, celui de la guerre froide et à cet instant-là…

Il y a deux aspects dans ce livre : d’abord, une histoire d’amour, celle qui tient lieu de fil conducteur, entre le jeune Thomas Nesbitt, parti en Allemagne pour écrire un récit de voyage et surtout pour fuir une réalité qui le fait souffrir et Petra Dussmann, traductrice chez Radio Liberty, allemande de l’est passée à l’ouest. Il y a ensuite Berlin, la guerre froide, les conditions de vie en Allemagne de l’est, la Stasi. Si j’ai trouvé certains passages un peu trop fleur bleue, j’ai en revanche beaucoup apprécié les descriptions du Berlin des années 80 : la présence du mur qui a décidé, en une nuit d’édification, de la destinée de millions de personnes, le comportement de la Stasi et le lavage de cerveau auquel cette police politique s’est livrée pour que, seul, le communisme règne.

Douglas Kennedy explore, en outre, un autre thème tout aussi puissant : la question du choix et du sens de ceux que nous faisons. Pourquoi les faisons-nous ? À quel besoin ou à quelle blessure enfouis répondent-ils ? Et si, ce jour-là, à cet instant-là, j’avais fait un autre choix, serais-je devenu quelqu’un d’autre ? Aurais-je eu une autre vie ? Aurais-je été plus heureux ?

Un bon moment de lecture !

Extrait, page 71 et 72 : « Après l’atterrissage et le contrôle des frontières à Francfort, j’ai pris un autre vol, toujours plus vers l’Orient. Au bout d’une heure, je me suis penché au hublot. Il était là.

Le Mur.

Quand l’appareil a basculé sur le côté pour opérer son virage, cette construction longue et sinueuse comme un serpent est devenue plus visible. Même à cette altitude, elle paraissait imposante, austère et définitive. Avant que les nuages se dispersent pour révéler le Mur, nous avions passé trente minutes dans l’espace aérien de la République démocratique allemande et traversé des turbulences qui s’expliquaient, comme le pilote (américain) nous l’avait indiqué, par le fait que nous devions voler à dix mille mètres à peine au-dessus de ce pays appartenant à un autre univers. La passagère assise près de moi a hoché la tête.

– ils ne veulent pas que les vols commerciaux passent plus haut, par crainte qu’ils fassent de la surveillance, « au profit de l’ennemi ». L’ennemi étant tout ce qui n’est pas le pacte de Varsovie et la « fraternité » des camps de prisonniers tels que Cuba, l’Albanie, la Corée du Nord…

J’ai regardé ma voisine. Elle avait une cinquantaine d’années, était vêtue d’un tailleur strict. Le visage un peu empâté, elle tirait sur une cigarette HB dont le paquet était posé sur l’accoudoir entre nous. Ses yeux exprimaient une intelligence blasée, celle de quelqu’un qui a vu beaucoup trop de choses dans sa vie. » Douglas Kennedy.

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Quitter le monde

Quitter le monde de Douglas Kennedy

Le jour de ses 13 ans, les parents de Jane ne trouvent rien de mieux que de se couvrir l’un l’autre de reproches au restaurant. Après avoir laissé passer l’orage, Jane déclare avec froideur : « Je ne me marierai jamais et je n’aurai jamais d’enfants ». Le lendemain, Jane découvre que son père a quitté le foyer familial. Effondrée, sa mère ne cessera d’accabler Jane, la rendant responsable de ce départ soudain. Cette anecdote scellera la vie de Jane, coupable à jamais, quoi qu’elle fasse. La moindre parcelle de bonheur lui semble interdite. Malmenée, meurtrie par la vie, elle ne voit qu’une seule issue : quitter le monde. Mais est-ce aussi facile ?

J’ai adoré ce livre. Des trois que j’ai lus de Douglas Kennedy, celui-ci est peut-être l’un des plus aboutis. Douglas Kennedy nous régale avec son portrait au vitriol d’une Amérique bien pensante et pudibonde ainsi qu’avec ses incursions dans la littérature du XIXe siècle. Il excelle dans la mise sous pression de ses lecteurs. Point d’enquête policière (quoi que !) mais un thriller psychologique tout à fait prenant qui pousse le lecteur à tourner, tourner et tourner les pages. On y retrouve évidemment les thèmes chers à Douglas Kennedy : la culpabilité, le hasard (en est-il vraiment un ?), et la certitude que derrière chaque visage qui se veut bien lisse se cachent des blessures indicibles et des failles profondes. Les reconnaître et les accepter ne garantit pas l’absence de souffrance mais ouvre de nouvelles voies. A chacun de choisir. Jane, elle, a choisi.

Extrait, page 190 et 191 : « J’ai commencé à marcher. Heureusement, j’avais la brise dans le dos, même si le retour risquait d’être moins agréable. Elle était si forte qu’elle me poussait en avant. Tête haute, tâchant de garder les yeux grands ouverts malgré le froid, j’inhalais la vapeur d’embruns salés. Il n’y avait personne d’autre en vue et je me suis dit que si je me foulais la cheville, on ne me retrouverait probablement pas avant plusieurs jours ; à ce moment, j’aurais sans doute été transformée en bloc de glace… L’idée ne m’a pas paniquée, pourtant. C’était peut-être l’euphorie provoquée par la montée d’endorphines dans mon organisme soumis à cette température extrême, au milieu de cette immensité exaltante, ou bien vivais-je une sorte d’extase panthéiste devant la puissance incommensurable de l’ordre naturel, la manifestation de forces dépassant l’entendement d’une humanité souvent sans recours ? Ou, plus simplement, la brutalité du froid et la sombre majesté de ce paysage m’avaient soudain libérée de toutes les incertitudes qui encombraient ma vie. Quoi qu’il en soit, je me sentais légère, portée par les éléments et même, l’espace d’un moment, j’ai éprouvé un sentiment qui ressemblait au bonheur, la perception sans mélange d’être vivante ici et maintenant, dégagée du scénario souvent trop complexe qu’avait été mon existence. Au fond, n’était-ce pas cela, le bonheur ? Une parenthèse pendant laquelle, sans penser au passé ou à l’avenir, on arrive à s’enfuir de soi-même ? Plus de réminiscences venant vous hanter, plus d’appréhension qui ruinent votre sommeil : juste la redécouverte que l’instant présent est merveilleux… Avais-je besoin du froid coupant, du vent déchainé, de la détonation hypnotisante des vagues se brisant sur une plage déserte pour me rappeler qu’être au monde pouvait, en soi, vous rendre heureux ? » Douglas Kennedy.

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Les désarrois de Ned Allen

Les désarrois de Ned Allen de Douglas Kennedy

Entre le polar et l’analyse sociologique d’une époque, Douglas Kennedy nous offre une histoire haletante. Ned Allen est un provincial qui en veut. Installé à New York avec sa femme, Lizzie, il n’a qu’un objectif : réussir. Et force est de constater que sa situation s’est améliorée d’année en année. Responsable des ventes publicitaires d’un magazine d’informatique, vendre est une jouissance chez Ned Allen. Il gagne bien sa vie, dépense sans compter y compris l’argent qu’il n’a pas. Qu’importe ! La vie lui sourit ! Jusqu’au jour où il apprend que son entreprise a été revendue et la plupart des employés licenciés, dont lui-même. S’en suit une chute vertigineuse. Aux abois, il accepte l’emploi que lui propose un ami d’enfance dans un fonds commun de placement. Il vous faudra lire ce livre si vous voulez connaître la suite ! Comme à son habitude, Douglas Kennedy ménage ses effets et fait monter le suspense. Auteur à succès, – son roman L’homme qui voulait vivre sa vie a été adapté au cinéma par Eric Lartigo – il semble obnubilé par ses hommes et ses femmes ordinaires à qui tout sourit jusqu’à ce que le système se grippe, forçant ses personnages à sortir d’eux-mêmes. Ou plutôt à redevenir eux-mêmes en abandonnant les oripeaux pailletés de l’apparence.

Extrait, page 20 : « (…) il m’arrive d’oublier qu’il y a des heures du jour et de la nuit où je ne suis pas forcé de chercher à décrocher un « oui » de plus. C’est une activité très prenante, la vente. Jusqu’à l’obsession. Et qui exige des résultats, en permanence. Considérez seulement mes quotas mensuels et annuels : à douze parutions l’an, avec une moyenne de trois cent vingt pages au numéro, dont soixante-dix de publicité, mon domaine, en considérant que nous vendons la page 35 000 dollars – encore que les emplacements privilégiés, la der de couverture par exemple, atteignent trente pour cent de plus -, on arrive à soixante-dix fois 35 000, soit 2 450 000 dollars. Mon objectif mensuel. Vous multipliez par douze et vous obtenez quoi ? Mon bilan annuel exigé, 29,4 millions, un chiffre qui suffit à me faire chier dans mon froc chaque fois que j’y pense ». Douglas Kennedy.

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