Archives de Catégorie: Sur les planches

Mon cœur de Pauline Bureau

Mon-coeur-Pualine-Bureau

Capture d’écran du site de la compagnie La part des anges

Je vous invite à écouter ou réécouter l’émission L’heure bleue sur France Inter, produite et réalisée par Laure Adler. Elle était consacrée ce soir à la pièce de théâtre de Pauline Bureau, intitulée Mon cœur. Interprétée sur la scène du théâtre des Bouffes du Nord du 16 mars au 1er avril dernier, la pièce tourne désormais un peu partout en France et c’est heureux, tant le sujet est à la fois poignant et scandaleux.

Après Emmanuelle Bercot et son excellent film La fille de Brest (bande-annonce visible ici) cette jeune auteure et metteuse en scène s’est emparé du scandale du Mediator, médicament coupe-faim produit par les laboratoires Servier. Un médicament, qui, à ce jour, a provoqué environ 2000 morts en France. La dernière victime en date est d’ailleurs décédée ce dimanche 23 avril. A la différence d’Emmanuelle Bercot qui raconte le courage d’Irène Frachon, médecin pneumologue au centre hospitalier universitaire de Brest à l’origine de la dénonciation de ce scandale, Pauline Bureau s’est intéressée aux victimes et c’est leur regard que porte la pièce tout en interrogeant le système sanitaire en France, la faiblesse de la justice face à un arsenal surpuissant d’avocats représentant les laboratoires Servier, la compromission voire la corruption de certains responsables très haut placés invités à fermer les yeux mais également la société tout entière à travers l’injonction adressée aux femmes de rester longilignes toute leur vie durant.

Une émission vibrante d’authenticité et de courage. Par les temps qui courent, un tel cadeau ne se refuse pas.

A votre poste ! => L_heure_bleue_France_Inter

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Disco

affiche DiscoVous aimez les boules à facette, les paillettes, les pattes d’éléphant, Donna Summer, Gloria Gainor, bref, les années 70 dans son ensemble ? Alors vous aimerez Disco de Stéphane Jarny, le spectacle musical à l’affiche des Folies Bergère depuis le 10 octobre !

L’histoire : Lucie est habilleuse pour la troupe du Disco Club. Cette dernière a pris l’habitude de jouer chaque semaine à la loterie, chacun rêvant de ce qu’il pourrait s’offrir en cas de gain. Un soir, les six bons numéros s’inscrivent sur le ticket de Lucie. Un événement qui va bouleverser sa vie. Invitée sur un plateau télé par Estelle, une animatrice – speakerine au sexe indéterminé, Lucie déclare alors et contrairement à ce qu’elle disait, que son rêve est de devenir reine du disco. Une annonce qui fait bondir Candy qui a le premier rôle dans la pièce que la troupe interprète…

J’ai adoré ce spectacle bien mené, drôle, frais, bouillonnant, énergisant ! Par les temps qui courent, Disco devrait être déclaré d’utilité publique ! Impossible de ressortir abattu et triste !

Et voici le clip officiel:

Et voici le début du spectacle…http://www.dailymotion.com/video/x158zhb_exclu-decouvrez-un-tableau-integral-de-d-i-s-c-o-le-spectacle-musical_music

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Don Quichotte de Miguel de Cervantès

Don Quichotte-TNP

 

Étonnante et burlesque version que celle que nous proposent Christian Schiaretti, directeur du TNP et Jean-Pierre Jourdain qui a adapté la pièce de Miguel de Cervantès. C’est dans un studio de radio que prend place le célèbre roman médiéval du dramaturge et poète espagnol. Doivent y être interprétés pour les besoins de Radio France Mauve, une nouvelle radio du groupe Radio France, les huit premiers chapitres de Don Quichotte de la Manche. Sauf que rien ne se passe comme prévu. Servis par des personnages hauts en couleur, de l’animatrice de l’émission, très parisienne, à l’imitateur venu d’un pays de l’Est capable de reproduire n’importe quelle langue sans la comprendre, cette pièce, qui respecte le texte original, fait passer un très agréable moment aux spectateurs. Un temps trompés par la mise en scène radiophonique, très réaliste, ils comprennent rapidement que tout ceci est une grande farce, une invitation à rêver, imaginer, sortir du cadre… un peu comme le héros de cette pièce, gentilhomme de la Manche dénommé Alonso Quichano qui, obsédé par les livres chevaleresques, se donne un surnom – Don Quichotte de la Manche – et part à travers l’Espagne sauver les opprimés et les sans droits, accompagné de son cheval Rossinante et de Sancho Panza, un paysan naïf.

Pour voir un extrait :

 

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Les mots du théâtre

Crédit photo – aerogondo – Fotolia.com

C’est une expérience que je veux partager avec vous aujourd’hui. Abonnée au TNP, j’ai appelé ce dernier ce jour pour régler une question de date de spectacle. La personne que j’ai demandée n’étant pas immédiatement disponible, l’hôtesse d’accueil m’a mise en attente… Quelle ne fût pas ma surprise d’entendre, pour une fois, une « musique » d’attente originale ! J’écris « musique » entre guillemets car en fait de mélodie, c’est la voix d’une femme à la diction parfaite qu’il m’a été donné d’entendre. Et c’est dans le creux de mon oreille que se sont déversés les mots du théâtre et leur signification. C’est ainsi que j’ai appris ce qu’était un « brigadier » au théâtre, une « bible » ou encore une « allemande ».

Une allemande – sans majuscule bien sûr – est une répétition en accéléré de la mise en scène d’une pièce. Les comédiens répètent le jeu de scène à un rythme très rapide et réalisent les déplacements importants ainsi que les entrées et les sorties de scène en ne disant que quelques répliques « point de repère » sur un ton neutre. L’objectif est de caler l’ensemble des déplacements par rapport aux lumières, au texte et au décor. L’allemande a lieu, le plus souvent, avant une première représentation dans un nouveau lieu. Elle complète l’italienne qui consiste, pour les comédiens, à réciter le texte intégral de la pièce à toute vitesse, d’une voix neutre et sans jeu de scène. Le but ici est d’entrainer la mémoire.

Plutôt sympa la « musique » d’attente, non ? J’ai presque regretté de ne pas pouvoir entendre la totalité du « message », puisque mon interlocutrice s’est rendue disponible assez rapidement !

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Petits chocs des civilisations

Alors que l’extrême droite semble vouloir renaître avec force dans beaucoup de pays européens, il était bon, rassurant, instructif, joyeux d’aller voir, le 11 mai, Petits chocs des civilisations de et avec Fellag, mis en scène par Marianne Epin, au TNP de Villeurbanne. Dans ce one man show d’une heure trente très rythmé, au décor de cuisine comme dans les émissions culinaires, Fellag reprend les clichés que les Français ont à propos des Algériens et inversement. Il les grossit, les déforme jusqu’à l’absurde. Fellag serait donc un artiste comique. Oui et non ! Oui parce qu’il a le talent de déceler ce qu’il peut y avoir de risible dans des situations de la vie quotidienne. Non parce que c’est de la réalité dont il s’inspire et celle-ci est souvent tragique. « Le rire vient toujours à la fin. Pendant des mois, j’écris mes histoires comme des tragédies. Ensuite, pour que les gens rient, pour qu’ils soient dans le plaisir, il me faut créer la distance nécessaire. Sans elle, ce que je raconte serait insupportable » explique-t-il. A voir et à revoir par tous ceux qui veulent garder les yeux et le cœur ouverts. Le rire est porteur de sens !

Extrait : « En sortant de chez moi, un matin, j’achète comme à mon habitude la presse du jour, puis je rentre dans un bistro. J’ouvre l’un des journaux, et, un gros titre, étalé de tout son long, de la deuxième à la troisième page, me saute aux yeux. C’est pas possible ! Stupéfaction ! Ahuri, je parcours rapidement l’article… Je n’en reviens pas… J’ouvre les autres magazines… Pareil ! La même nouvelle partout : « Un sondage d’opinion affirme que le couscous est devenu le plat préféré des Français. »… C’est pas vrai… Je rêve ! Qu’est-ce qui leur arrive aux Gaulois ? Le ciel leur est tombé sur la tête ?… C’est le syndrome de Stockholm culinaire ou quoi ?… Incroyable… le couscous est arrivé en tête de toutes les recettes qui concourent sur le tour de France de la bonne bouffe…
Dites-moi… chers Français de souche… derrière ce compliment exceptionnel adressé à notre plat emblématique, se cacherait-il une déclaration d’amour ? N’est-ce pas une façon détournée de nous dire que vous nous aimez enfin ?… »

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Créanciers

Décor minimaliste à dominante rouge, couleur passion par excellence

Magnifique pièce que celle qu’a mise en scène Christian Schiaretti d’après l’œuvre d’August Strindberg au TNP de Villeurbanne. Servie par trois comédiens de talent dont Wladimir Yordanoff – celui qui a joué le rôle du mari de Catherine Frot dans Un air de famille de Klapisch -, la pièce de Strindberg plonge le spectateur dans les tourments du couple. L’histoire est simple : un homme que sa femme volontiers volage a quitté pour un autre s’arrange pour rencontrer, sans se faire connaître, l’amant de sa femme. Une amitié semble naître entre les deux hommes que l’ex-mari exploite pour mieux manipuler le jeune amant et le « monter » contre sa maîtresse. Et c’est à coup de paroles malfaisantes, cruelles, pénétrantes « comme des couteaux », que l’ex-mari s’échinera à détruire ce nouveau couple pour obtenir sa vengeance, comme une créance qu’il a sur son ex-femme. Pièce dramatique, Créanciers n’en est pas moins drôle par moment. Une drôlerie cynique certes mais dont nous, hommes et femmes, sommes les inspirateurs. Car Strindberg ne fait rien de plus que de nous tendre un miroir pour mieux nous contempler lorsque nous nous perdons dans les affres de l’amour et de la haine.

Extrait, page 24, Gustaf, l’ex-mari, converse avec Adolf, l’amant. D’un machisme rare :

« Tu sais ce que c’est, l’esprit profond, le caractère de sphinx, la nature ineffable de ta femme ? De la bêtise, tout simplement ! Tu le vois bien, elle confond l’infinitif et le participe passé. Et elle est mal conçue : son boîtier est celui d’une horloge à pendule alors qu’elle a un mécanisme à cylindre. Sans les jupes que reste-t-il ? Mets-lui des pantalons et dessine-lui des moustaches avec un bout de charbon, puis écoute-là sans préjugés : tu entendras les choses autrement. Un phonographe qui recrache tes mots – et les mots des autres – mais un peu affadis !

Tu as déjà vu une femme nue ? Oui, bien sûr ! Un adolescent avec des mamelles, un homme incomplet, un enfant trop vite grandi et dont la croissance s’est arrêtée, un être frappé d’anémie chronique et qui souffre d’hémorragies treize fois par an ! Que veux-tu que ça donne ? » August Strindberg.

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Roméo et Juliette

Page de présentation de Roméo et Juliette sur le site du théâtre de l'Odéon

Roméo et Juliette de William Shakespeare,

Mise en scène : Olivier Py

Surprenant ! C’est l’adjectif qui me vient le plus spontanément à l’esprit pour qualifier le Roméo et Juliette mis en scène par Olivier Py. Amoureux des pièces en costumes et décors d’époque, passez votre chemin ou restez en acceptant d’oublier tout ce que vous savez sur Roméo et Juliette. Dans cette version « remasterisée » (si vous me permettez ce néologisme à la hauteur de la surprise) jouée au TNP de Villeurbanne jusqu’au 13 janvier dernier, ce sont les dialogues qui surprennent le plus. Ils sont d’Olivier Py d’après sa traduction du texte de William Shakespeare. Et l’on découvre en réalité un dramaturge élisabéthain bien plus grivois que la traduction de ces textes ne le laisse transparaître. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’Olivier Py a choisi de mettre en scène cette œuvre mythique de Shakespeare. Ainsi scène 8, alors que Roméo vient de rencontrer Juliette, sans savoir qu’elle est la fille des Capulet, ses deux amis, Benvolio et Mercutio le cherchent dans les jardins et ironisent. Benvolio à Mercutio : « Viens, il doit se cacher quelque part dans les arbres. Pour s’unir à la nuit et ses vapeurs humides. Aveugle est son amour, il n’aime que le noir ! ». Mercutio de répondre : « Si l’amour est aveugle, il va rater la cible. Et le voilà assis à l’ombre d’un figuier. Ah ça ! S’il pouvait la cueillir cette figue ! On appelle ça comme ça ! ça fait glousser les filles ! O Roméo, si seulement il le pouvait, ça lui ferait du bien de secouer sa poire ! ». Le comédien Frédéric Giroutru, interprétant Mercutio, joint alors le geste à la parole et porte les mains à son entrecuisse en ajoutant : « En anglais, ça donne Shake his pear ». Hilarité de la salle. Tonnerre de fous rires encore lorsque Mercutio s’adresse à la nourrice de Juliette la traitant de maquerelle et entonnant la chanson « ça sent la vieille morue, qui a trop traîné dans les rues, ça sent la viande avariée qui passe son temps à prier, mais si y a rien d’autre à se faire, je vais lui farcir le derrière ». Et de paraître nu comme un verre quelques minutes plus tard sur la scène, courant en direction de la nourrice… A mon sens, cette scène là n’était pas utile. Hormis ce passage et le final où les parents Capulet et Montaigu, qui regrettent amèrement leur haine ancestrale, se jettent une poudre blanche (de la farine ?) sur le corps (flagellation ?), j’ai beaucoup aimé. Roméo et Juliette, campés par deux jeunes acteurs magnifiques, Matthieu Dessertine et Camille Cobbi, sont résolument modernes !

Pour voir un extrait… c’est par là…

Théâtre : Roméo et Juliette – videos.arte.tv.

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