Aller au cinéma ou faire l’amour de Christine Masson

C’est un petit bijou que ce livre, avec sa couverture cartonnée comme pour les bandes dessinées, ses illustrations – signées Yann Legendre – et son papier Munken Lynx 120 gr au toucher de soie. Un de ceux qu’on ne voit pas tout de suite, soigneusement rangé au fond d’une boîte, malgré le portrait magnifique, rouge, noir et blanc, de Bette Davis en couverture. Il n’a pas le clinquant d’autres bijoux qui s’imposent, de fait, par leur taille ou par les pierres qu’ils affichent de manière ostentatoire. Et pourtant ! A travers 28 séquences, Christine Masson, critique de cinéma, raconte ses rencontres. Qui avec des réalisateurs, qui avec des acteurs et actrices. Et le résultat est jubilatoire. En nous livrant ses rencontres cinématographiques, tantôt cocasses, tantôt profondément touchantes, c’est un peu d’elle-même que Christine Masson livre : les raisons qui l’ont amenée à exercer ce métier, ce qu’elle doit au cinéma, l’importance qu’il a eu dans son identité. Le tout avec une écriture subtile voire sensuelle.

Quant au titre de ce livre, Aller au cinéma ou faire l’amour, auquel, après lecture, on aurait volontiers envie de répondre « Les deux, et maintenant ! », il trouve son explication dans une belle analogie et fait suite à la question que Marco Ferreri lui a posé un jour : « avez-vous déjà fait l’amour dans un cinéma ? » et elle de répondre « Moi ? jamais… »

Extrait, pages 16 et 17 : « Ce sont deux « plaisirs » que je n’ai pas réussi à associer, comme si deux passions ne pouvaient pas se consommer / consumer au même moment, comme si l’on devait forcément sacrifier l’une pour l’autre. La chambre ou la salle ? Comment mélanger la vie avec le cinéma ? Je me rends compte en écrivant ces lignes de l’absurdité de cette dualité, l’amour OU BIEN le cinéma ? Comme si je respectais tellement l’un au profit de l’autre. J’aime l’un et l’autre, mais je peux choisir un film…

Et puis l’amour et le cinéma ont tellement de correspondances. Tous les deux se pratiquent souvent dans le noir, ensemble mais chacun dans sa tête avec ses propres fantasmagories.

Les prémices, le générique, la mise en place du propos/faire connaissance avec l’autre corps, installer une dramaturgie, quelques longueurs parfois dans le film… et l’action s’emballe jusqu’au « climax » qui va peu à peu redescendre vers le générique de fin, abrégé en quittant la salle/ le lit, ou prolongé, épuisé jusqu’aux derniers crédits…

Lorsqu’on se lève, enfin, les jambes tremblent et le sol devient mou, entre fiction et réalité, réapprendre à marcher après une telle escalade, sortir, fumer… Se taire… Les premiers mots seront toujours stupides : « T’as aimé ? ». » Christine Masson.

Je vous invite aussi à découvrir le beau travail de Yann Legendre, ici.

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Classé dans Les critiques, Les extraits

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