Le grand fakir de Dominique Mainard

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Retrouvée sur un terrain vague après le départ d’un cirque alors qu’elle est bébé, Angèle est recueillie par les sœurs de l’orphelinat. C’est là qu’elle grandit, défigurée par un bec-de-lièvre, le corps irrémédiablement tordu, moquée par les autres pensionnaires qui la surnomment « fille de la boue et du rat ». Jusqu’au jour où, adulte, les sœurs la placent comme bonne à tout faire chez Madame Lenore. Vieille femme outrageusement maquillée, au regard un peu fou et à la peau tailladée, Madame Lenore loge dans un ancien bordel et mène une guerre acharnée contre l’Amour, « la pire invention du diable » selon elle. L’Amour qui a pris, des années auparavant, le visage du grand fakir, celui-là même qui revient en ville avec le cirque…

C’est dans un univers fantastique aux parfums de folie et de mort que Dominique Mainard nous invite. En quelques pages, le lecteur se retrouve ferré dans une fable envoûtante et cruelle, qui suscite chez lui un étonnant mélange d’attraction et de répulsion. En prime, les ambiances sonores, lumineuses et olfactives ne sont pas sans rappeler le fabuleux livre de Patrick Süskind, Le Parfum. À ne pas lire en cas d’insomnie sous peine de voir le jour se lever !

Extrait, page 43 : « Au matin, les yeux à peine ouverts, Madame Lenore a tapé dans ses mains et m’a annoncé avec un bel entrain que nous étions de sortie ce jour-là. Elle a passé un trait de crayon gras sous ses yeux et m’a obligée à me laver le visage à l’évier de la cuisine avec un savon qui sentait plus encore le suif que celui des sœurs. Puis elle m’a dit d’enfiler ma plus jolie robe ; mais quand elle m’a vue si grise et terne, avec l’encolure blanche qui me donnait un air de croque-mort, a-t-elle dit, elle est allée fourrager dans son placard. Elle en a ramené une robe de chiffon rose qu’elle m’a fait enfiler ; la robe était trop grande, bien sûr, mais Madame Lenore a de nouveau tapé des mains en riant et, s’agenouillant, elle m’a fait un ourlet à la va-vite avec trois épingles à nourrice pour éviter que l’étoffe ne traîne par terre. Elle m’a demandé de tendre le bras et y a glissé l’anse d’un panier d’osier, comme à un portefaix ; puis elle a noué à son poignet l’élastique et la grosse clef et nous sommes parties. En chemin, trois pierres ont rebondi près de nous, nous manquant de peu. Me retournant, j’ai vu des ombres tapies derrière un mur ; mais Madame Lenore n’a semblé s’apercevoir de rien. » Dominique Mainard.

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