La succession de Jean-Paul Dubois

la-succession-jean-paul-dubois

Paul Katrakilis est médecin. Comme son père. Il n’a pourtant pas ouvert de cabinet. Jamais. De médecin, il n’a que le diplôme. Pas les patients. Son truc à lui, c’est la pelote basque, la « cesta punta » qu’il est parti exercer en Floride dans une société de paris sportifs, aussi loin que possible de ce qu’il reste de sa famille. Il est pourtant contraint de rentrer en France lorsque son père décède très volontairement, après s’être jeté dans le vide, mâchoires et lunettes scotchées. À Paul de régler la succession.

Autant le dire franchement, si j’ai aimé ce livre – il est assurément bien écrit – j’ai été contente de le terminer tant le personnage central, Paul Katrakilis, est aussi attachant que mélancolique. Roman sombre, La succession renvoie le lecteur à la question de la fin de vie, à ce que nous savons et ce que nous ignorons sur ceux qui nous ont vu grandir, à ce dont nous héritons et ce que nous en faisons. Vaste programme !

Extrait, page 88 : « À mesure que je passais du temps en compagnie de Zigby, je prenais conscience de l’extravagance de ce que j’étais en train de vivre depuis mon retour dans cette ville. Nul ne pouvait douter que cet homme eût la moindre conscience de l’indécence de sa position. Je ne connaissais rien de lui, et il était là, revenant à la charge comme un taurillon têtu, vidant les bouteilles familiales, saccageant la vie de mon grand-père, instillant en moi des poisons à effet retard, des doutes malicieux. « Tu sais pourquoi tu t’appelles Katrakilis, toi ? Comment un Grec – Grec ou autre chose, on n’en sait rien – atterrit à Moscou et devient l’un des médecins du dictateur ? Tu y crois, toi, à la fameuse lamelle ? Tu l’as vue seulement ? C’est comme son histoire du quagga… » Zigby avait le droit d’être un con luminescent, un redresseur d’oreille, un raboteur de naseau, il pouvait se comporter comme un ivrogne de rue, trébucher sur sa mémoire, se moucher sur les morts, mais toucher au quagga, il ne fallait pas. Je me levai, lui enlevai son verre des mains et dis simplement : « Dehors ». » Jean-Paul Dubois.

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Les critiques, Les extraits, Tous azimuts

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s