À moi seul bien des personnages de John Irving

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Adolescent dans les années 60 qui connaît quelques difficultés d’élocution, Bill Abott – il porte le nom de famille de son beau-père – se pose beaucoup de questions sur lui-même et notamment sur ce qu’il appelle ses « béguins contre nature ». Dans le même temps – une façon de se rassurer sur qui il est ? – il apprécie énormément Miss Frost, la bibliothécaire, au corps sculptural et aux « petits seins bourgeonnants » qui a suscité en lui, outre le désir charnel, sa vocation d’écrivain. Bref, Bill se cherche… avec drôlerie et émotion, dans une famille loufoque et trop silencieuse pour ne rien avoir à cacher et une Amérique très puritaine.

Plus d’un demi-siècle d’une vie américaine ! C’est ce que nous donne à connaître John Irving dans ce roman sorti en 2013. Je dois le dire, j’ai eu du mal à entrer dans ce livre. Il m’en a coûté quelque 80 pages durant lesquelles j’ai patienté, temporisé, me disant qu’un roman de John Irving ne pouvait pas ne pas être lu jusqu’au point final – oui, j’ai fait partie des aficionados du Monde selon Garp et voue donc à John Irving, quand bien même je n’ai pas lu tout ce qu’il a écrit, une grande admiration ! J’ai bien fait ! Car c’est une belle fresque que dessine ici John Irving avec pour thème central la sexualité et plus précisément l’homosexualité et la bisexualité, retraçant, avec réalisme, tant la liberté sexuelle des années 70 que l’effroyable et dramatique vague des années sida que les autorités de l’époque ont savamment ignoré, convaincues que la maladie ne pouvait concerner que les « déviants ». John Irving nous régale avec des personnages hauts en couleur et nous invite, avec humour et délicatesse, à respecter la différence car de la différence naissent d’autres possibles. Une ode au désir, au sens large, source de notre pulsion de vie.

Extrait, page 67 : « Le lutteur au corps superbe entre tous s’appelait Kittredge : torse glabre, pectoraux définis à l’excès – un héros de bandes dessinées. Une fine ligne de poils brun foncé, presque noirs, descendait de son nombril à son pubis, et il avait un pénis tout ce qu’il y a de plus mignon, qui se recourbait vers sa cuisse droite, inexplicablement. À qui demander ce que signifiait cette torsion ? Dans les douches, au gymnase, je baissais les yeux ; je n’osais guère regarder plus haut que ses jambes musclées et velues.

Il avait la barbe dure, mais une peau parfaite et il était généralement rasé de près. Sa beauté mâle me ravageait au plus haut point quand il portait une barbe de deux ou trois jours, qui le faisait paraître plus vieux que les autres élèves, voire que certains professeurs de la Favorite River – dont Richard Abott et Mr Hadley. Il jouait au foot à l’automne, et à la crosse au printemps, mais c’étaient les cours de lutte qui mettaient le mieux en valeur sa plastique de rêve, sport qui semblait en outre convenir à son agressivité naturelle ». John Irving.

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