Jacob, Jacob de Valérie Zenatti

Jaco- Jacob de Valérie Zenatti

Jeune juif de 18 ans d’une grande douceur, Jacob vit à Constantine en Algérie, lorsqu’il apprend qu’il est mobilisé par la France – qu’il ne connaît qu’à travers les livres – pour libérer le pays en juin 44. Débarqué sur les côtes de Provence, ce jeune homme à peine sorti de l’enfance, qui n’a encore jamais connu de femme, découvre l’horreur de la guerre, le froid, la faim, la peur qui vous colle au corps. De l’autre côté de la Méditerranée, Rachel, sa mère, se meurt d’inquiétude pour son dernier fils, né bien après ses trois autres frères, à qui elle a donné le nom de son petit frère décédé à l’âge de trois ans. Comme une prémonition.

C’est un récit puissant sur l’exil, la fin de l’enfance, la guerre et la souffrance que nous livre Valérie Zenatti. C’est aussi une part de son histoire personnelle puisque Jacob était son oncle. Un bel hommage magnifié par des mots précis, emplis des parfums de l’Algérie.

Jacob, Jacob a reçu le 41e prix du livre Inter en 2015.

Extrait, page 11 : « Un désir confus et violent l’a mené là, au sommet de la montagne rocheuse, dans la poussière maculée de fientes d’oiseaux, parmi les cèdres et les cyprès noirs qui accrochent le regard, le retiennent une poignée de secondes avant de le libérer vers la plaine écrasée de soleil. À cette distance, les cascades paraissent immobiles, voiles mousseux peints dans l’unique but de souligner les saignées qui courent le long des gorges. En surplomb, les falaises accueillent dans leurs flancs des massifs de figues de Barbarie, puis s’élèvent dans une nudité totale : la roche a été brusquement coupée ici par une lame mystérieuse et s’étage en tranches brunes. Encore un mouvement du visage, et ses yeux distinguent le pont. Trait d’union solide suspendu entre deux pylônes de pierre blanche, il confère à la ville son caractère de forteresse, la reliant à l’hôpital et, un peu plus loin, à la gare, au monument aux morts et au cimetière.

Jacob jette un coup d’œil à la montre reçue pour ses treize ans. Portée au poignet, elle lui donne une allure plus dégagée que les montres de gousset de ses aînés imposant la lenteur, un arrêt pour être sorties de la poche, alors que lui peut consulter la sienne d’un bref regard. Six ans que les aiguilles marquent le temps pour lui, la trotteuse est agaçante et fascinante, toujours trop pressée, accélérant le temps quand lui voudrait le retenir, Jacob rêve, souvent, il pense au premier jour où il a traversé le pont suspendu avec Abraham, ce n’était peut-être pas la première fois d’ailleurs, mais c’est le premier souvenir qu’il en a. » Valérie Zenatti.

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