Rouge argile de Virginie Ollagnier

Rouge-argile-Virginie-Ollagnier

Avril 1979. Rosa, à peine plus de 40 ans, mariée, deux enfants, reçoit un jour un télégramme de Sherifa, son ancienne nourrice marocaine : « Ma-petite-Rosa-l’Allemand-est-mort-cette-nuit-viens-dès-que-tu-peux-je-t’attends-à-Sejâa-Sherifa ». En montant dans l’avion, un étrange sentiment de vide la saisit qu’elle attribue à un oubli. Mais ce vide n’est-il pas plutôt celui qui nous envahit lorsque quelque chose se termine, lorsqu’on est arrivé au bout d’une réflexion, d’une démarche, d’une histoire, ouvrant ainsi la porte à autre chose. Car pour s’émerveiller encore, s’approcher des autres pour mieux les comprendre, les aimer et se « remplir » de belles choses, n’est-il pas nécessaire, un jour ou l’autre, de faire le vide ? Intuitivement, Rosa le sait. Rosa sait que ce voyage retour au Maroc, pays où elle a grandi, est une étape pour solder les comptes.

C’est le premier livre que je lis de Virginie Ollagnier, Lyonnaise née en 1970. Je dois dire que je ne suis pas déçue. Belle écriture, belle histoire dans laquelle se tisse une intrigue surprenante, peuplée de djinns et de jnounes, des esprits invisibles très courants dans les contes moyen-orientaux. Les personnages, avec leurs outrances et leurs croyances, sont attachants, y compris les morts qui tiennent ici une grande place. Virginie Ollagnier nous donne en outre l’occasion de découvrir un Maroc intimiste, sensuel, « au parfum de fleurs salées ». Un roman subtil, à la construction habile, sur ce qu’il nous reste de notre enfance, sur nos choix et nos non-choix, sur nos origines, sur ce lien invisible qui nous propulse, nous entrave et nous tenaille, avec ceux qui nous sont chers et le fait qu’on ne connaît jamais vraiment ces derniers.

Se dévore en deux insomnies de trois heures !

Extrait, page 24 : « La chambre d’Egon était fermée à clé. Sherifa avait fait le nécessaire pour protéger Sejâa des jnounes. Elle y croyait dur comme fer. Elle croyait aux sorts jetés, aux démons installés dans les maisons abandonnées, aux revenants, aux esprits avides attachés aux objets qu’ils avaient aimés plus que les vivants. Rosa ferma les yeux et imagina Sherifa devant cette porte. Où avait-elle bien pu ranger la clé tout en la gardant sous la main au cas où ? Rosa rouvrit les yeux, glissa ses doigts au-dessus de l’encadrement. Pas loin du tout. Elle sourit de tendresse devant l’image de Sherifa tirant une chaise afin de cacher la clé hors de portée, alors que Rosa pouvait la saisir rien qu’en se mettant sur la pointe des pieds. Pourtant, quelle puissance représentait Sherifa lorsqu’elle était enfant ! Rosa avait cru pendant des années qu’elle pouvait voir à travers les murs, impression que sa nounou avait évidemment entretenu le plus longtemps possible. Dès que Rosa faisait une bêtise, Sherifa criait un je te vois petite Rosa ! de l’autre bout de la maison, qui tétanisait l’enfant sur place. Rosa avait pratiqué la même tyrannie avec Julie et Maurice, avec beaucoup de plaisir. L’enfant coupable fabrique ses bêtises dans le silence de la concentration, ma petite Rosa, pas besoin d’être sur le dos de Julie, tu sauras quand il faudra intervenir, et c’est son silence qui te guidera. Apprends à écouter le silence et tu seras une bonne mère. » Virginie Ollagnier.

 

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