L’amour est une île de Claudie Gallay

L'amour-est-une-ile

Avignon. Avignon et son festival in et off. Avignon écrasée par la chaleur. C’est ici qu’Odon Schnadel, metteur en scène de théâtre qui a décidé que, malgré la grève des intermittents, les représentations prévues auraient lieu, attend fébrilement de revoir Mathilde. Mathilde l’actrice, surnommée la Jogar, originaire d’Avignon, qui revient jouer une pièce. Mathilde, son amante il y a dix ans, celle qu’il a tant aimée. Et puis il y a Marie. Écorchée vive, portant en permanence sur elle les cendres de son frère récemment décédé, elle arrive de la banlieue parisienne pour voir la pièce écrite par son frère et adaptée par Odon. Mais ne veut-elle pas plus ? Pourquoi toutes ces questions ? Que cherche-t-elle exactement ?

Comme toujours Claudie Gallay réussit formidablement bien à embarquer son lecteur dans une histoire dont l’intensité dramatique monte au fur et à mesure que la chaleur enserre la ville, fait ployer les corps et assèche les rivières. Dans ce jeu à trois, Avignon et son festival sont presque des personnages tant ils sont présents et c’est suffocant qu’on atteint les dernières pages avant que Claudie Gallay ne nous assène le coup de grâce.

Extrait, page 93 : « Marie sort. Elle ne va pas loin. Sur le parvis, il fait chaud alors elle entre dans l’église, elle s’assoit, les jambes remontées, les pieds sur le banc de devant. Une vieille femme est en prière à quelques chaises de l’autel. À genoux, voûtée, repliée, le chapelet contre la bouche, elle n’a plus de visage mais un corps tout noir.

Un guide redescend la nef suivi d’un groupe fatigué. Il montre tout ce qu’il y a à voir, s’arrête sous la Cène, pointe son doigt.

– Lui, c’est Judas Iscariote.

Marie entend ce nom.

– Un traître, dit le guide.

Ça résonne sous la voûte.

La vieille dodeline de la tête. Elle prie ou elle dort. Quand Paul est mort, il n’y a pas eu de messe mais un chant triste dans une salle blanche. Les copains étaient là, ceux de chez Tony et ceux des ponts. Ils ont fait résonner Bécaud, après, dans les voitures, fenêtres ouvertes, tout le monde chantait la mort du poète.

Marie se glisse derrière la vieille. Elle se plie, même position, la frontale entre les mains. Elle ploie la nuque. Les vieilles connaissent les chemins qui mènent aux dieux, elles en sont familières. Marie met sa prière dans le sillage, ça montera droit, elle pense. Elle prie fort, les dents serrées. » Claudie Gallay.

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