Le dernier Lapon d’Olivier Truc

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Habituellement chargés de régler les conflits entre éleveurs de rennes en Laponie centrale, deux policiers, Klemet et Nina, sont confrontés coup sur coup au vol d’un tambour traditionnel utilisé par les chamans ainsi qu’au meurtre et à la mutilation d’un éleveur. Le tout en pleine nuit polaire et par des températures comprises entre moins 40°C et moins 20°C.

Correspondant du journal Le Monde et du magazine Le Point à Stockholm, Olivier Truc nous emmène à la découverte d’un pays et d’une culture. Celle des Samis, « dernier peuple aborigène d’Europe » que d’aucuns aimeraient bien voir disparaître. Résultat : un polar très réussi mêlant l’actualité de ce pays tiraillé entre les revendications des minorités pour une reconnaissance de leur culture et la montée des extrémistes, son histoire – les Samis ont longtemps été pourchassés par les Laestadiens qui imposent, encore aujourd’hui, une discipline de fer à leurs ouailles – et la fiction dans un paysage aussi féérique qu’inquiétant. Les personnages sont bien campés, l’écriture efficace et l’intrigue très bien conduite. À condition d’être patient car à l’instar de Klemet Nango, vieux flic d’origine samie, qui aime prendre son temps pour mieux comprendre, le rythme de ce polar de 571 pages est lent. Sans doute pour mieux apprécier le réveil de la nature lorsque le soleil renaît après quarante jours de nuit polaire.

Extrait, page 18 : « Demain, entre 11h14 et 11h41, Klemet allait redevenir un homme avec une ombre. Et, le jour d’après, il conserverait son ombre quarante-deux minutes de plus. Quand le soleil s’y mettait, ça allait vite.

Les montagnes allaient retrouver leur relief et leur superbe. Le soleil se coulerait au fond des vallons, donnant vie à des perspectives endormies, réveillant l’immensité douce et tragique des hauts-plateaux semi-désertiques de la Laponie intérieure.

Pour l’instant, le soleil n’était qu’une lueur d’espoir, se reflétant sur les nuages orangés et rosâtres qui couraient au-dessus des sommets à la neige bleuie.

Comme à chaque fois qu’il était face à un tel spectacle, Klemet repensait à son oncle, Nils Ante, connu comme l’un des chanteurs de joïks les plus doués de la région. De son chant de gorge lancinant, son oncle poète racontait les merveilles et les mystères du monde. Nils Ante avait bercé toute l’enfance de Klemet de ses joïks envoûtants, contes enchantés qui valaient largement tous les livres que les petits Norvégiens lisaient chez eux. Klemet n’avait pas eu besoin de livres. Il avait eu l’oncle Nils Ante. Klemet, en revanche, n’avait jamais su chanter et il avait estimé qu’il était indigne de décrire avec des mots la nature qui l’entourait. » Olivier Truc.

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