Mémoires de Beate et Serge Klarsfeld

Mémoires de Beate et Serge Klarsfeld

Ils ne souhaitaient pas écrire leur autobiographie. Bien leur en a pris, ils ont fini par le faire. Non pour raconter ce qu’a été leur vie mais plutôt ce qui les a poussés, jour après jour, à rendre justice aux 6 millions de Juifs, méthodiquement exterminés par les nazis, et à pourchasser leurs auteurs, qui, au sortir de la guerre, se sont retrouvés à diriger l’Allemagne de l’ouest, sans que quiconque ne trouve quoi que ce soit à redire.

Leur combat est exemplaire : tout commence en 1960 sur le quai du métro parisien. Fille d’un agent d’assurances enrôlé par la Wehrmacht, Beate Künzel rencontre Serge Klarsfeld, étudiant à Sciences Po, fils d’Arno, Juif roumain déporté et mort à Auschwitz. Lui a acquis la certitude qu’il aurait dû mourir avec son père et agit au nom des Juifs, elle, veut rendre sa dignité au peuple allemand. Le résultat – une construction où chacun écrit tour à tour – est passionnant, méthodique, d’une précision incroyable, somme d’un travail minutieux de plus de 40 années, de la gifle au chancelier Kiesinger au cri de « Kiesinger, nazi, démissionne ! » aux procès de Barbie, Papon et Touvier. Pragmatiques, ils ont usé de tous les moyens – en cela ils étaient précurseurs des militants les plus actifs que l’on connaît aujourd’hui, d’Act up à Greenpeace en passant par les Femen – pour faire connaître leur combat, n’hésitant pas à se mettre en danger et à croupir dans les cachots de l’est. À 80 et 77 ans, Serge et Beate Klarsfeld ne désarment pas, continuent leur combat – contre Dieudonné notamment – et transmettent un sentiment qu’ils ont chevillé au corps : l’indignation. Qu’ils en soient ici remerciés. À lire absolument pour éviter que cette horreur qu’a été la Shoah ne se répète.

Extrait, page 94, Beate écrit : « Je me suis rappelé ce dernier tract de Hans et Sophie Scholl, cet ultime appel : à qui s’adressait-il ? À nous tous, c’est-à-dire à chacun de nous : « Une fois la guerre finie, il faudra par souci de l’avenir châtier durement les coupables pour ôter à quiconque l’envie de recommencer jamais pareille aventure… N’oubliez pas non plus les petits salopards de ce régime, souvenez-vous de leurs noms, que pas un d’entre eux n’échappe ! Qu’ils n’aillent pas au dernier moment retourner leur veste et faire comme si rien ne s’était produit. »

J’espérais encore que Kiesinger ne serait pas élu, qu’ils prendraient conscience, ces députés de Bonn, qu’ils avaient des comptes à rendre à l’Allemagne. Mais non, il remporte les élections. Kiesinger dirige désormais le gouvernement ouest-allemand et, immédiatement, la conspiration du silence s’installe dans les journaux. D’autant que s’est constituée la grande coalition des chrétiens-démocrates et des sociaux-démocrates. » Beate Klarsfeld.

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