La Gifle de Christos Tsiolkas

Couverture La Gifle de Christos Tsiolkas

Banlieue de Melbourne, un été. Un groupe de personnes se réunit chez Hector et Aïsha. L’heure est à la fête, le barbecue est prêt, les bouteilles au frais, de savoureux mets attendent les convives. Il y a là des amis, des cousins, des collègues de travail, les parents d’Hector, le frère d’Aïsha et bien sûr les enfants des uns et des autres. L’un d’entre eux, turbulent, reçoit une gifle d’un adulte, Harry, qui n’est pas son père… Temps en suspension, sidération, chacun s’observe l’espace de quelques secondes ne sachant comment réagir. Les parents d’Hugo – Garry et Rosie – sont outrés qu’Harry ait pu gifler leur fils et préviennent ce dernier qu’ils vont porter plainte. La fête est finie. La gifle commence… ou plutôt son retentissement. C’est ce que nous donne à découvrir Christos Tsiolkas à travers la voix de huit des invités. Chez chacun d’eux, la gifle a réveillé petites rancoeurs et jalousies, frustrations et déceptions, mensonges et trahisons. C’est donc le dialogue intérieur de chacun d’eux auquel le lecteur se frotte, un dialogue nourri des traits de caractère de chacun, de son éducation, de ses croyances, de ses préjugés. Là où Christos Tsiolkas fait fort, c’est qu’il est difficile de s’attacher à un quelconque personnage – sauf peut-être Aïsha dont on comprend, au fil des pages, que sa belle-mère ne la considère que comme une vulgaire indienne – tant leurs agissements et leurs réflexions égocentrées, à la suite de cette gifle, sont méprisables. Ce qui renvoie le lecteur à lui-même et pose la question des liens qui unissent les êtres entre eux. Une sacrée gifle !

Extrait, page 166 : « La sonnette ne fonctionnait pas. Harry frappa du plat de la paume à la lourde porte en bois rouge. Ils entendirent l’enfant qui appelait, puis des pas rapides dans le couloir. C’est le type qui ouvrit. Il portait une salopette par-dessus une chemise au col ouvert, tachée de peinture. Il y avait de la tension dans l’air. Harry tendit sa main. Troublé, incertain, Gary l’étudia, l’accepta mollement.

La maison sentait l’encens. En marchant derrière les deux autres hommes, Harry jeta un coup d’œil dans les pièces. Elles paraissaient sombres, mal rangées. Il remarqua un lit qui n’était pas fait, et aucune ne ressemblait à une chambre d’enfant. Ils arrivèrent à la cuisine où l’éclairage était dense. Une table occupait une bonne partie de l’espace. Assise au bout, Rosie donnait le sein au gamin. Harry sourit. Elle l’ignora.

– Bonjour, marmonna-t-il. Merci de me recevoir.

– Je n’y tenais pas.

La voix était froide et distante. Avait-elle fumé ou pris quelque chose ?

Cette salope était vraiment belle, avec quelque chose de glacial – trop blonde, et ces yeux de cristal. Harry ne lui trouvait cependant rien de séduisant. C’était des yeux auxquels on ne pouvait se fier. Des yeux de serpent, sournois. » Christos Tsiolkas.

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Classé dans Les critiques, Les extraits

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