Peine perdue d’Olivier Adam

 Couverture Peine perdue d'Olivier Adam

Sur la Côte d’Azur, une tempête approche. Antoine n’en a cure. Il vient de se faire évincer de son équipe de football amateur pour un mauvais geste sur un adversaire. Quelques pages plus loin, le voilà agonisant devant l’hôpital, la tête en bouillie, le corps en vrac. Qui a bien pu commettre cet acte ? Serait-ce en lien avec l’altercation qui a eu lieu sur le terrain la veille ? Ou alors en raison de ses fréquentations, pas toujours très recommandables ? Le lecteur ne l’apprendra qu’au cours du dernier chapitre intitulé « Antoine » tout comme le premier. Entre les deux, vingt-et-un chapitres portant chacun un prénom qui sont autant de personnages en lien les uns avec les autres, par l’entremise d’Antoine. C’est lui qui les relie, c’est vers lui que tout converge dans une espèce de ronde tumultueuse, chacun portant avec lui sa propre histoire, ses blessures, ses espoirs perdus, ses colères, ses envies de tirer un trait pour recommencer, ailleurs, différemment, plus fort, plus loin. Revenir à la source pour savoir d’où l’on vient et mieux s’en défaire.

Fait rare dans ses livres, Olivier Adam n’écrit pas à la première personne du singulier. Il ne met pas non plus en scène un écrivain nombriliste en panne d’inspiration. Volonté de prendre de la distance ? Peut-être. Une chose est sûre, à ne plus être sur la frontière entre le roman et la suggestion autobiographique, son écriture s’en trouve comme renouvelée, alimentée par d’autres regards, purifiée et n’en dénonce que mieux l’argent-roi, le foot-business et l’insondable difficulté dans laquelle les « gens de peu » s’enlisent et se débattent, loin des ors de la République et du star-système. Mais la tempête, possible métaphore d’une colère sourde, enfle…

Extrait, page 29 et 30, chapitre « Marion » : « Marion regarde la salle quasi déserte. Il y a juste un couple de vieux. Ils ont fini mais ils s’attardent, les yeux rivés à la baie vitrée, comme si de l’autre côté, tout allait s’envoler, comme si on allait soudain leur reprendre leur terrasse sans transats et la bande de sable, leur mer plate comme un lac sous le soleil en biais. Les gens qui viennent ici, c’est dingue, ils ne peuvent pas décoller une seconde le regard de tout ça. La baie en croissant et les roches orange, les pins, les chênes-lièges qui s’accrochent on se demande à quoi, le massif cramoisi qui s’adosse au ciel et vous isole du reste du monde. Mais pour elle, c’est juste un décor comme un autre, qui ne lui fait pas plus d’effet que les rues derrière ou le parking du Cora. Après tout il faut voir les choses en face : c’est juste de l’eau et des pierres. Et au bout d’un moment, ça va, t’en as fait le tour. Pareil pour le massif pelé à l’arrière. Et la lumière « dorée » comme ils disent. Qu’est-ce que ça peut lui faire à elle qu’elle soit dorée la lumière ? Ce n’est pas ça qui va la faire bouffer ni payer son loyer ni assurer une vie décente au gamin. Ben si justement lui rétorquerait Marco avec son ton de prof qui la rend à moitié dingue. C’est justement grâce à tout ça qu’on a du boulot ici. La mer les roches et la lumière. Les pins les chênes-lièges les oliviers. Le sable. Les calanques. L’Estérel. Tout juste si d’après lui il ne faudrait pas dire merci. Au ciel au hasard à tout ce que vous voudrez. Parfois, elle a l’impression d’entendre un curé. » Olivier Adam.

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