Le peintre d’éventail de Hubert Haddad

Couverture Le peintre d'éventail de Hubert Haddad

Quelque part au nord-est de l’île d’Honshu au Japon, Matabei Reien est venu chercher la paix, croyant, en cela, pouvoir fuir un horrible drame. Le voilà dans la pension de Dame Hison, une ancienne geisha, chez qui se croisent des habitués et des invités surprise. C’est ici que Matabei fait la rencontre d’Osaki Tanako, jardinier des lieux et peintre d’éventail. Une rencontre qui le mènera aux confins de lui-même, dans un dépouillement total.

Si vous rêvez d’un livre d’actions, oubliez Le peintre d’éventail. Toutefois, si vous ressentez le besoin de vous abandonner et de vous immerger dans un monde où la nature prédomine, dans tout ce qu’elle a de merveilleux et de violent, alors ce livre est fait pour vous. D’une incroyable poésie, Le peintre d’éventail vous offre des moments de pure contemplation, suspendus dans le temps, comme inscrits dans les nuages, à l’instar de ces quelques haïkus disséminés dans le livre qui sont autant d’instants qui s’étirent, capturés, isolés, fragiles et éphémères.

Le plus incroyable? Hubert Haddad, auteur prolifique, n’a jamais mis les pieds au Japon !

Extrait, page 32 : « Escalader les pentes, juste avant l’aube avec en tête un rêve de daims et d’ibis huppé. Si tôt, le chant du rossignol prend une inflexion lasse. A-t-il veillé toute la nuit ? Bientôt, les contreforts aux futaies damassées de sous-bois rougeoyants de la première montagne reçoivent la grêle de flèches à penne d’or du soleil levant qui, volées après volées, retombent en gerbes parmi les taillis de sureaux et de coudriers. Les ombres lentement se redressent, pins et chênes, érables, cerisiers sauvages. Au-delà des derniers losanges de théiers, les chemins s’abandonnent aux empiètements de la flore, dentelles des lichens et affleurements de racines, comme aux menus accidents géologiques, rocs détachés, ruissellements dus à quelque résurgence de source, affaissements liés à d’anciens séismes.

Face aux ombres fuyantes, Matabei avait le sentiment de suivre l’ascension du soleil, d’en être coiffé, par-dessus l’éblouissement d’un pan calcaire ou d’eaux vives jaillies des bruyères. Une hirondelle se détacha des hautes feuilles jaunies d’un tremble et culbuta dans l’azur. L’été lui aussi s’accroche, songea-t-il, déjà sur la digue naturelle séparant le lac des cascades aux bonds d’antilope presque aussitôt métamorphosées en nappes d’écume, qui un peu plus bas vont s’y perdre. Les reflets s’agitent à cet endroit comme le contenu vivant d’une nasse sur le pont d’un sardinier ». Hubert Haddad.

Je ne résiste pas à l’idée de citer l’un des nombreux haïkus que l’on trouve dans Le peintre d’éventail :

« Chant des mille automnes

le monde est une blessure

qu’un seul matin soigne »

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Classé dans Les critiques, Les extraits

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