Seul dans Berlin de Hans Fallada

Couverture Seul dans Berlin de Hans Fallada

Berlin, mai 1940. L’Allemagne fête sa victoire. La France est vaincue. Derrière cette façade triomphale cependant, le peuple allemand souffre. C’est à la rencontre de ce dernier que nous invite Hans Fallada et plus précisément au 55 rue Jablonski. Dans un même immeuble, persécuteurs et persécutés cohabitent, dans la haine des Juifs et de toute personne ne soutenant pas le Troisième Reich pour les premiers, dans la misère et la peur pour les seconds. Dans cette ambiance lourde et nauséabonde, les Quangel, qui viennent de perdre leur fils sur le front, décident pourtant de résister, à leur manière, en diffusant des cartes postales et des lettres sur la réalité du nazisme dans les immeubles de Berlin. Un combat vain qui leur a pourtant rendu leur dignité.

Terrible roman que celui-ci racontant le quotidien des Allemands, traqués par la Gestapo, vivant dans la misère. Écrit en quatre semaines, il est basé sur l’histoire vraie d’Otto et Élise Hampel, exécutés le 8 avril 1943 à la prison de Plötzensee. Après la guerre, leur dossier a été transmis à Hans Fallada, qui, à travers ce récit de plus de 700 pages, a voulu mettre en exergue ce qu’ont vécu les Allemands dans cette période troublée ainsi que la naïveté et le combat désintéressé de gens simples, malgré la peur.

Si Seul dans Berlin n’est sans doute pas le roman à emporter à la plage – la légèreté y est totalement absente -, ce livre, dont Primo Levi disait qu’il est « l’un des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie », est un incontournable pour celles et ceux qui s’intéressent à cette période de l’histoire du XXe siècle.

Extrait, page 7 : « Eva Kluge la postière, monte avec lenteur l’escalier du 55 rue Jablonski. Avec lenteur, non seulement parce que sa tournée l’a fatiguée, mais surtout parce qu’il y a dans sa sacoche, une de ces lettres qu’elle déteste apporter. Pourtant, dans un instant, il faudra bien qu’elle la donne aux Quangel, deux étages plus haut. Avant cela, au premier palier, elle doit remettre la circulaire du Parti aux Persicke.

Persicke est fonctionnaire ou dirigeant politique ou Dieu sait quoi dans le Parti. Eva Kluge s’embrouille encore toujours dans tous ces titres. La seule chose dont elle soit certaine, c’est qu’il faut donner du « Heil Hitler » aux Persicke et prendre bien garde à tout ce qu’on dit devant eux. Comme partout, au fond ; car il n’y a personne à qui Eva Kluge puisse dire ce qu’elle pense réellement. La politique ne l’intéresse pas le moins du monde ; elle est tout simplement une femme, et elle estime donc qu’on n’a pas mis des enfants au monde pour les faire tuer à la guerre. De même, à ses yeux, un ménage sans homme ne vaut rien. Or, pour le moment, elle n’a plus ni son mari, ni ses deux fils, ni son ménage. Et avec tout ça, elle doit garder bouche cousue, se tenir à carreau, et distribuer de sales lettres de la poste militaire, dactylographiées et estampillées par des rats de caserne ». Hans Fallada.

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