Expiation de Ian Mc Ewan

Couverture Expiation de Ian Mc Ewan

C’est décidé : Briony Tallis, 13 ans, sera romancière. Issue d’une famille bourgeoise de l’Angleterre du début du XXe siècle, Briony est la dernière d’une famille de trois enfants. Très égocentrée, elle aime à se raconter des histoires, à transformer les faits, à les malaxer pour qu’ils correspondent à sa vision du monde. Ses parents, son frère et sa sœur, Leon et Cecilia, s’amusent de cette propension à sublimer la réalité.

Son imagination débordante et son goût pour l’affabulation iront cependant trop loin en cet été caniculaire de 1935 lorsqu’elle surprend Cecilia et Robbie, fils de domestique, dans la bibliothèque, en train de laisser libre cours à leurs désirs trop longtemps étouffés. Un drame inextricable se noue alors, dans lequel Briony a le premier rôle, qu’elle passera sa vie à expier…

Difficile de résumer ce huitième roman de Ian McEwan tant il est dense et complexe. Construit en trois parties, Expiation nous emmène de l’Angleterre des années 30 au pilonnage de Londres par l’aviation allemande en passant par la bataille de Dunkerque en 1940. Une magnifique fresque romanesque dans laquelle l’auteur s’interroge sur le pouvoir de la fiction tout en abordant les rapports de classe. Contrairement à Samedi, autre roman de Ian Mc Ewan dont l’intrigue se déroule sur une seule journée, le rythme est très lent et s’étire sur plusieurs années. Ainsi, les cent cinquante premières pages sont consacrées à Briony, sa place dans la fratrie et la famille Tallis, son goût pour les mots et les histoires, ainsi qu’aux autres personnages, qui tous, ont une part de responsabilité dans la tragédie qui va nous être contée. C’est ici que se noue leur destin respectif et tout l’intérêt de ces pages se comprend à la fin du livre.

Un roman à prévoir pour cet été lorsqu’enfin le tohu-bohu cesse, pour mieux s’imprégner encore de cet été 1935.

Extrait, page 61 : « Briony s’adossa à un mur, le regard vague balayant la nursery. Il était tentant pour elle d’y voir là du magique, du théâtral, et de considérer ce à quoi elle venait d’assister comme un tableau monté pour elle seule, une leçon qui lui était spécialement destinée, enveloppée de mystère. Mais elle savait parfaitement que, si elle ne s’était pas trouvée là en cet instant précis, la scène aurait tout de même eu lieu, car elle ne la concernait pas du tout. Seul le hasard l’avait attirée vers la fenêtre. Ce n’était pas un conte de fées, c’était la réalité, celle d’un monde adulte où les grenouilles ne s’adressaient pas aux princesses, où les seuls messages étaient ceux qu’envoyaient les gens. Il était également tentant de courir jusqu’à la chambre de Cecilia pour lui demander des explications. Briony résista, car elle souhaitait prolonger dans la solitude le mince frisson d’une possibilité déjà ressentie, l’excitation insaisissable d’une perspective qu’elle était en voie de préciser, au moins du point de vue émotionnel. La précision s’en affinerait au cours des années. Elle devait concéder qu’elle avait peut-être trop présumé du pouvoir de réflexion d’une fille de treize ans. » Ian McEwan.

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Classé dans Les critiques, Les extraits

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