La vacation de Martin Winckler

Couverture La vacation de Martin Winckler.Premier roman de Martin Winckler, La vacation raconte l’histoire d’un médecin généraliste, Bruno Sachs – que l’on retrouvera dans d’autres romans de Martin Winckler – pratiquant des avortements lors de vacations hebdomadaires dans un hôpital. Une activité routinière avec ses codes et ses rituels pour un acte qui n’a rien d’anodin. Au-delà de l’intervention chirurgicale, La vacation raconte l’histoire de ces femmes – rarement accompagnées dans ces moments-là, comme si leur grossesse était de leur seul fait – qui, un jour, ont pris la décision de ne pas garder l’enfant à naître. C’est de leurs souffrances et de leur sentiment de culpabilité dont Martin Winckler nous entretient. Mais ce livre écrit de manière à la fois très descriptive – pour mieux suggérer la répétition des mêmes gestes chaque semaine -, saccadée et parfois suffocante évoque aussi la souffrance et la solitude de Bruno Sachs. Car il n’est pas possible d’en ressortir indemne quand bien même son métier lui a appris à prendre du recul. Si les femmes sur qui il pratique une interruption volontaire de grossesse peuvent lui parler à l’issue de l’opération, lui ne parle à personne. C’est sans doute pour cela qu’il se met à écrire. Pour libérer les peines et les silences.

Extrait, page 78 : « À dire vrai, tu n’as jamais résolu de transcrire la vacation, de la poser sur des lignes. Mais tu l’as toujours fait. Depuis le début.

Depuis les premières séances d’apprentissage, debout derrière D. qui officiait de ses doigts courts (et tu revois très précisément la façon dont il plie une compresse avant de refermer sur elle les mors de la Longuette) ; depuis le jour qui t’a vu sortir de la salle d’examen le ventre serré et douloureux (et ce jour-là pourtant tu ne tenais pas le tuyau) ; depuis la première fois que tu es intervenu seul.

De cette première fois, étrangement, tu n’as pas de souvenir précis. Tu te souviens très bien, en revanche, du jour où on t’a proposé la vacation. Tu revois, tu peux presque reproduire ton mouvement de recul. Ne me demandez pas ça. Pourtant, et bien que ta mémoire se refuse à en restituer les circonstances ou tes motifs, tu es un jour venu voir, tu as accepté d’apprendre. Et tu te souviens très bien, même après que ta capacité à travailler seul eut été reconnue par tous, avoir longtemps exigé que D. restât présent dans la salle de soins pendant tes interventions.

Mais qu’il s’agisse d’images précises ou de souvenirs reconstruits, tes passages dans le service ont presque tous laissé une trace écrite quelque part dans le fouillis de tes papiers.

Cela s’est fait insensiblement, cela s’est mis en place sans heurt, comme tous les autres gestes. » Martin Winckler.

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Classé dans Les critiques, Les extraits

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