Marie-Antoinette de Stefan Zweig

Couverture Marie-Antoinette de Stefan Zweig

Après la biographie magistrale que Stefan Zweig a consacrée à Fouché, je me suis lancée dans celle de Marie-Antoinette. Je dois dire que je ne suis pas déçue. Fidèle à lui-même, Stefan Zweig nous offre un récit fouillé, d’une précision d’orfèvre sur la vie de la dernière reine de France. Il s’est appuyé sur les archives de l’Empire autrichien et la correspondance du comte suédois Axel de Fersen pour l’écrire.

Je me suis ainsi rendue compte que, mise à part la fuite de Louis XVI et de Marie-Antoinette à Varennes, je ne connaissais pas grand-chose de la vie de cette jeune Habsbourg, mariée au futur Louis XVI à l’âge de quinze ans. Cette biographie est tout à fait passionnante et se lit comme un roman bien que ce n’en soit pas un.

Marie-Antoinette était une jeune femme indolente que rien n’intéressait si ce n’est la fête et les arts. Le peuple français ne l’intéresse guère et la lecture l’insupporte. Le futur Louis XVI, lui, sera impuissant, durant les sept premières années de son mariage. Un fait qui, selon Stefan Zweig, conduit Marie-Antoinette et la France vers un destin tragique. Étonnante, cette thèse n’en est pas moins intéressante. Mais pour comprendre pourquoi, il vous faudra lire Marie-Antoinette !

Extrait, page 154. Contexte : Marie-Antoinette est sur le point d’accoucher de son premier enfant… « Quelques minutes après l’annonce, faite à haute voix par le médecin de la cour que l’épreuve de la reine a commencé, toute la bande aristocratique envahit la chambre ; pressés les uns contre les autres, les spectateurs s’assoient selon leur titre dans des fauteuils disposés autour du lit. Ceux qui n’ont pas trouvé de place aux premiers rangs montent sur des chaises et des bancs, car ils ne veulent à aucun prix que leur échappent un geste ou un gémissement. La respiration de cinquante personnes dans cette pièce aux fenêtres closes, l’odeur pénétrante du vinaigre et des essences rendent l’air de plus en plus lourd et étouffant. Mais nul ne quitte sa place, n’ouvre une fenêtre, et le supplice public de la reine dure sept heures entières, jusqu’à ce qu’enfin, à onze heures et demie du matin, Marie-Antoinette mette au monde un enfant ; hélas ! c’est une fille. On porte respectueusement le rejeton royal dans le cabinet voisin pour le baigner et le mettre aussitôt sous la garde de la gouvernante ; le roi, plein d’orgueil et impatient d’admirer son œuvre tardive, suit les gens, cependant que la cour, curieuse comme toujours, se presse derrière lui. Un ordre perçant de l’accoucheur retentit soudain : « De l’air ! de l’eau chaude ! Il faut une saignée au pied. » La reine vient d’avoir un coup de sang ; l’air empoisonné de la pièce et peut-être aussi l’effort fait pour réprimer ses souffrances devant les cinquante curieux lui ont fait perdre connaissance et elle est là immobile et râlant sur ses coussins. […] Les souffrances de la femme sont passées, le bonheur de la mère commence. Si la joie n’est pas complète, si les canons ne retentissent que vingt et une fois en l’honneur d’une princesse, alors qu’ils tonnent cent une fois pour saluer la naissance d’un dauphin, on se réjouit quand même à Versailles et à Paris ». Stefan Zweig.

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