Fouché de Stefan Zweig

Couv Fouché de Stefan ZweigJe connaissais Stefan Zweig, auteur de romans et de nouvelles dont les plus célèbres Amok ou le fou de Malaisie, La confusion des sentiments, Le joueur d’échecs… Je ne connaissais pas le biographe, celui de Joseph Fouché notamment. Fouché, homme politique français, né en 1759, de tous les bords et de toutes les trahisons, avec un sens – semble-t-il – inné de la dissimulation et de la manipulation. Fouché, homme de l’ombre n’aimant rien de plus que le pouvoir, ennemi juré de Talleyrand, et de tant d’autres dont Napoléon, sans oublier les royalistes, les républicains, l’Église et ses représentations.

Stefan Zweig signe ici un livre magistral, d’une grande précision historique et littéraire. Un livre qui se lit comme un roman, loin des livres d’histoire soporifiques qui occupent depuis trop longtemps les étagères de nos bibliothèques.

Extrait, page 117 : « Mais ce qu’il y a de plus génial dans l’incomparable machine montée par Fouché, c’est qu’elle ne fonctionne qu’entre les mains d’un seul. Elle possède, quelque part, une vis dissimulée : si on l’enlève, le mouvement s’arrête aussitôt. Dès le premier moment, Fouché a songé à l’éventualité d’une disgrâce. Il sait que, si on le congédie, un tour de main suffit pour mettre aussitôt hors d’usage la machine construite par lui. Car ce n’est pas pour l’État, ni pour le Directoire, ni pour Napoléon que cet homme avide de pouvoir a créé son œuvre, mais uniquement pour lui. Il est bien loin de songer à transmettre à ses supérieurs, comme ce serait son devoir, le produit de la distillation opérée dans ses cornues ; de tous les renseignements, il ne leur communique, avec un égoïsme intransigeant, que ce qu’il veut bien ; pourquoi éclairer ces nigauds du Directoire et leur laisser voir ses cartes ? Il ne laisse sortir de son laboratoire que ce qui le sert, que ce qui lui est absolument favorable ; in conserve soigneusement dans son arsenal particulier, pour sa vengeance personnelle et ses assassinats politiques, toutes les autres flèches et poisons. Fouché en sait toujours plus que le Directoire ne le suppose et par là, il devient dangereux pour chacun et en même temps indispensable. Il connaît les négociations de Barras avec les royalistes, les prétentions de Bonaparte à la couronne, les menées tantôt des Jacobins, tantôt des réactionnaires, mais jamais il ne dévoile ses secrets ; il ne le fait qu’au moment où la révélation lui en paraît avantageuse. Parfois il favorise les conjurations, parfois il les entrave ; parfois il les provoque artificiellement ; parfois, il les démasque bruyamment (tout en avertissant les intéressés de se mettre en sûreté) ; il joue toujours un jeu double, triple, quadruple ; tromper et duper tout le monde, à toutes les tables, devient peu à peu sa passion. » Stefan Zweig.

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