La réserve de Russell Banks

Couv La réserve de Russel Banks

Juillet 1936. Jordan Groves, célèbre artiste à la réputation sulfureuse, répond à l’invitation du docteur Cole, de venir admirer sa collection d’œuvres d’art dans sa luxueuse maison située en bordure d’un lac des Adirondacks. Il y vient en hydravion. Comme prévu, son arrivée est très remarquée, notamment par la fille adoptive du docteur, Vanessa, déjà mariée et divorcée deux fois. La rencontre entre l’artiste, un rien provocateur, affichant volontiers ses convictions de gauche, et la jeune femme, tout autant provocatrice, est électrique.

C’est sur ces bases que Russell Banks nous emmène dans l’Amérique des années 30 alors qu’à des milliers de kilomètres, une guerre fait rage en Espagne et qu’Hitler pousse ses pions pour prendre les pleins pouvoirs.

Je dois dire que j’ai été quelque peu déroutée par ce livre qui ne ressemble en rien à ce que j’avais lu, jusqu’à ce jour, de Russell Banks. La réserve paru en 2008 est aussi lent qu’American Darling est rythmé. Nous voilà plongés dans un univers opulent, un environnement luxueux – la réserve en question est en endroit splendide, préservé de toute pollution, perdu en pleine nature, ouvert aux New Yorkais fortunés désireux de se mettre au vert le week-end – dans lequel tout semble être en ordre. « Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place » aurait-on envie de dire. Évidemment, il n’en est rien. Cet univers si bien arrangé transpire en réalité le mensonge. Il est malsain à souhait. Ici, rien ne se dit directement. Tout est supposition, imagination, conspiration, calculs pour échapper à son histoire, à sa souffrance. Que cherche donc Vanessa Cole ? A quoi joue-t-elle avec Jordan Groves ? Qui était son père ? Est-elle folle ou feint-elle de l’être ?

Vous l’aurez compris, si vous cherchez un livre qui se lit facilement, ce n’est sans doute pas le bon titre. En revanche, si une histoire tortueuse, sulfureuse, aux contours flous et dérangeants, vous tente, alors n’hésitez pas. Car une chose ne change pas avec Russell Banks : la qualité et la précision de son écriture, sa capacité à nous immerger dans des univers inconnus, à susciter des images.

Extrait, page 29 : « Le Dr Cole conduisit Jordan Groves de tableau en tableau. Accrochés à ses murs de planches vernies, ici, à Rangeview, se trouvaient plus d’une douzaine de petits paysages de Heldon qu’il avait achetés directement au peintre au fil des ans. Il en possédait une douzaine de plus dans son appartement de Park Avenue ainsi que dans sa maison de Tuxedo Park. Vanessa suivait les deux hommes en se tenant à une distance de quelques pas ; elle observait et écoutait en silence, tel un prédateur mis en éveil contre son gré et mû davantage par l’instinct que par le besoin. Elle aimait la concentration soutenue de cet artiste, sa manière de se tenir devant chaque tableau et de littéralement le scruter pendant de longs moments comme s’il était vivant, s’il bougeait, changeait de forme et de couleur devant ses yeux. Et elle aimait sa façon de s’abstenir de tout commentaire, d’éloges, de compliments ou de critiques ; il se contentait de regarder toujours et encore sans rien dire, puis de passer au suivant. Et quand il les eut tous vus, il revint à trois ou quatre de ces paysages et les examina longuement une deuxième fois » Russell Banks.

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Classé dans Les critiques, Les extraits

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