Un homme de tempérament de David Lodge

Couverture Un homme de tempérament de David LodgeÉcrivain prolifique, David Lodge dresse ici un portrait très documenté du non moins prolifique Herbert Georges Wells (1866-1946), auteur, notamment, de La guerre des mondes, La machine à explorer le temps ou encore L’homme invisible. Et le résultat est tout à fait passionnant !

Si l’histoire est romancée – ce qui déplairait très probablement à Laurent Binet, auteur de HHhH évoqué dans ce blog le 10 août dernier -, elle est cependant construite sur une masse d’informations issues de lettres, biographies et autres recueils consacrés à H.G Wells et donne à connaître un homme d’une grande modernité dans l’Angleterre très puritaine de la fin du XIXe siècle. S’il a écrit beaucoup de romans futuristes, bien souvent prophétiques ainsi que des essais à caractère plus politique, H.G Wells a également défendu le principe de l’amour libre. « Le sexe pour [Wells], comme l’écrit David Lodge, était idéalement une forme de récréation comme le tennis et le badminton, quelque chose que l’on faisait quand on était avec satisfaction venu à bout d’une tâche, pour se défouler et exercer un moment son corps plutôt que son esprit ». Si H.G Wells ne s’est marié que deux fois, il a en revanche connu une multitude de femmes qui, pour beaucoup, ont nourri son œuvre. Souvent drôle, ce roman de 650 pages se lit en quelques heures.

Extrait, page 127 : « Curieusement, il n’admira jamais autant Isabel qu’au cours de la semaine où leur mariage s’effondra, et il lui aurait été plus facile de se séparer d’elle si elle avait joué le rôle de la femme trompée, lui avait hurlé des insultes, lui avait jeté des objets à la figure, l’avait frappé, et avait perdu le contrôle de ses nerfs. Sa calme dignité dans la crise le fit sentir coupable de l’abandonner, d’autant plus qu’il avait conscience, ayant surpris une conversation un peu animée, que tante Mary, loin de soutenir sa fille, pensait qu’elle se comportait comme une idiote – « le mettant à la porte », comme elle disait, « juste à cause d’un flirt avec une petite sotte ». Il y eut des moments où sa propre résolution chancela, et si Isabel avait réagi à son discours sur l’amour de frère et sœur en se mettant nue devant lui dans leur chambre ce soir-là et l’avait invité à la prendre aussi sauvagement et passionnément qu’il le désirait, qui sait ce qui se serait passé ? Mais il n’était pas dans la nature d’Isabel de faire une chose pareille. Et il continua donc à préparer son départ.

Ils trouvèrent un accord : il lui verserait tous les mois une certaine somme d’argent. « Cela fera l’affaire en attendant que nous divorcions », dit-elle. Le mot « divorce » eut un effet un peu glaçant sur son moral. « Faut-il vraiment divorcer ? demanda-t-il. Faut-il faire intervenir homme de loi et justice dans ce qui est essentiellement une affaire de désaccord émotionnel à caractère privé ? » « Tu ne veux donc pas épouser cette fille ? » dit-elle, surprise. « Nous ne croyons pas au mariage en tant qu’institution. » « Eh bien, moi si », conclut Isabel. Il crut comprendre qu’elle pourrait un jour vouloir se remarier, et il fut si perturbé par cette idée qu’il la chassa promptement se son esprit. » David Lodge.

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