Un territoire fragile d’Eric Fottorino

Couverture Un territoire fragile-Eric Fottorino

Que vient faire Clara Werner en Norvège, à Bergen ? Elle, dont on apprend qu’elle a vécu plusieurs années sous le soleil écrasant de la médina de Fès. Bien sûr, elle est biologiste et ses compétences intéressent fortement l’institut océanographique de Norvège. Il y a pourtant autre chose. Clara Werner fuit un passé dont elle ne veut plus rien savoir mais son corps lui n’a rien oublié et lui rappelle qu’il ne suffit pas de quitter le pays dans lequel on vit pour guérir. Dans sa souffrance et sa solitude, elle rencontre « l’accordeur ». Son métier : accorder les corps. Leur rendre vie, souplesse, les mettre, autant que possible en accord avec ceux qui les incarnent.

Une fois de plus, Eric Fottorino frappe juste, avec sensibilité, délicatesse et force. Pas un mot de trop dans ce récit qui alterne, chapitre après chapitre, les pensées de Clara Werner et celles de l’accordeur dans une Norvège glaciale.

Extrait, page 18 : « Je me souviens du corps noué de Clara Werner, au début, chaque fibre tendue à rompre. Je lui ai dit : vous devriez essayer la nage. Elle a suivi mon conseil. La nage sur le dos, avec des mouvements très lents de bras, les mains tendues vers le ciel, surtout pas les poings serrés, les mains ouvertes, les doigts déliés, en veillant aux battements réguliers des pieds, pour ne pas boire la tasse ou, pire, couler comme une pierre. […] Deux ans de ma vie, jour après jour, j’ai remodelé ce corps en rébellion. Mes mains ont repris chaque ligne, les sillons profonds, la courbe des épaules, de la nuque, l’aplat de son dos et jusqu‘à l’arc de ses lèvres, de ses sourcils, la mâture de ses jambes, ses chevilles interminables, la déclive de ses pieds. J’ai pris sa tête entre mes mains comme je l’aurais fait d’un enfant, presque surpris de ne pas rencontrer les îles flottantes du commencement, les merveilleuses fontanelles où palpite l’aube de la vie. J’ai effleuré avec la pulpe de mes doigts les raccords imparfaits de blessures anciennes et vérifié l’enseignement de mon père ; les rides du front reproduisent les lignes de l’abdomen, c’est la preuve digitale que le ventre a une âme. » Eric Fottorino.

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Classé dans Les critiques, Les extraits

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