Et Nietzsche a pleuré d’Irvin Yalom

Couverture Et Nietzsche a pleuré d'Irvin Yalom

« L’histoire est un roman qui a été ; le roman est de l’histoire qui aurait pu être ». C’est sur cette formule d’André Gide qu’Irvin Yalom, psychiatre, psychothérapeute, essayiste et romancier a bâti Et Nietzsche a pleuré. Dans ce livre, tous les personnages ont existé du Dr Josef Breuer à Friedrich Nietzsche en passant par Lou Andreas Salomé, Sigmund Freud et Paul Rée. Seule la rencontre entre le Dr Breuer et Friedrich Nietzsche n’a jamais existé. C’est cette rencontre, par l’entremise de Lou Andreas Salomé, jeune romancière de 26 ans au charme dévastateur, amie de Nietzsche, qu’Irvin Yalom raconte. Très inquiète pour le philosophe atteint de migraines sévères et d’autres symptômes qui lui font redouter le pire, elle prend contact avec Josef Breuer, médecin viennois réputé pour son travail sur la physiologie de la respiration et de l’équilibre, afin qu’il l’aide à soigner Nietzsche. Sauf qu’elle est convaincue qu’il ne viendra pas de lui même et qu’il va leur falloir construire un stratagème pour que la rencontre ait lieu. Et la rencontre aura lieu. Brillants intellectuellement, les deux hommes s’apprécient très vite. Ce sont leurs échanges, imaginaires, qu’Irvin Yalom nous propose. La discussion entre ces deux hommes vivant à la fin du XIXe siècle est proprement passionnante et dessine le début de l’histoire de la psychanalyse. On y retrouve les thèmes abordés par Nietzsche dans ses livres comme la liberté, la volonté de puissance ou encore l’éternel retour, celui auquel chaque être humain serait condamné : vivre et revivre sans cesse la même existence, sans joie et sans surprise. Au fil des pages, on ne sait plus qui est le patient, qui est le médecin.

 Bien qu’un peu long à démarrer, ce livre écrit par Irvin Yalom en 1992 m’a beaucoup plu. D’abord parce que l’histoire se déroule au XIXe siècle, époque prodigieusement riche sur le plan artistique et littéraire. Ensuite, parce qu’elle évoque l’un de mes sujets favoris, la guérison par la parole. Enfin parce que les échanges entre Nietzsche et Breuer donnent à réfléchir sur le sens de la vie, le sens qu’on veut lui donner, nous interroge sur le temps qui passe et ce que nous en faisons. Irvin Yalom a aussi le grand mérite de rendre plus facile d’accès les thèses philosophiques de Nietzsche, parfois un peu absconses puisqu’il s’exprimait beaucoup par aphorismes ou formules poétiques.

Un livre à lire cet été, tranquillement, à l’ombre d’un figuier ou d’un tilleul…

Extrait, page 453 : « Breuer s’arrêta un instant et se gratta la tête. « Je ne sais que vous dire d’autre, sinon que, grâce à vous, je sais maintenant que le secret d’une vie heureuse est d’abord de vouloir ce qui est nécessaire, et ensuite d’aimer ce que l’on a voulu. »

Surmontant son trouble, Nietzsche fut stupéfait par les paroles de Breuer. « Amor fati… Aimer son destin. » Dieu que nos esprits se ressemblent, Josef ! J’avais prévu de faire de ce thème la prochaine et dernière partie de mon enseignement auprès de vous. Je comptais vous apprendre à surmonter votre désespoir en transformant le « il en est ainsi » en « je le veux ainsi ». Mais vous m’avez devancé. Vous êtes plus fort, peut-être plus mûr, mais… ». Il s’interrompit, soudain agité. « Mais cette Bertha qui s’était emparée de votre esprit et vous torturait, vous ne m’avez pas dit comment vous vous en êtes débarrassé ». Irvin Yalom.

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Classé dans Les critiques, Les extraits

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