Profanes de Jeanne Benameur

Couv Profanes de Jeanne BenameurOctave Lassalle a 90 ans. Il vit seul dans une grande maison, avec toutefois Mme Lemaire qui fait ses courses et prépare ses repas. Au crépuscule de sa vie, il décide de composer autour de lui une équipe de quatre personnes qu’il recrute avec soin, tel le chirurgien du cœur qu’il a été choisissait son équipe pour opérer. Voilà qu’un homme et trois femmes qui ne se connaissent pas entrent dans sa vie, l’accompagnent dans un moment précis de sa journée. A chacun, il remet une clé de la maison, attribue une chambre et la liberté d’aller et venir dans cette immense demeure dont on pressent qu’elle a abrité d’autres histoires, d’autres vies, d’autres bonheurs et chagrins. Comme à tâtons dans le noir, chacun, Octave Lassalle compris, cherchera sa place dans ce quintet souvent silencieux pour mieux se découvrir et s’apprivoiser dans un formidable élan de vie.

J’ai découvert Jeanne Benameur avec ce livre, Profanes, sorti en janvier dernier. Depuis, j’ai acheté trois autres livres d’elle et ai lu notamment Les insurrections singulières (billet du 6 avril dernier). L’écriture de cette auteure de 61 ans est d’une rare précision, à la fois percutante et poétique, touchante de sincérité, éclatante d’humanité. J’ai « dévoré » Profanes, ai vécu des jours durant avec ces cinq personnes dont l’histoire fait écho à celle d’Octave Lassalle. Lire Jeanne Benameur c’est à coup sûr emprunter des chemins identiques, par bien des aspects, à ceux des « héros » ordinaires à qui elle donne vie, c’est aussi approcher, par petites touches, ce qu’il y a de plus vivant et de plus sensible en chacun d’entre nous.

Extrait, page 81 : « Hélène Avèle, dès sa sortie de la grande maison, est allée droit à sa librairie de prédilection. Avant de rentrer chez elle, elle avait besoin d’un sas. Il fallait qu’elle se déleste du poids de la demande du vieil homme.

Elle est restée longtemps là, passant d’un livre à l’autre, s’imprégnant peu à peu de l’atmosphère paisible et en même temps animée, souterrainement, par la quête de ceux qui ouvrent , feuillettent, cherchent le texte qui va leur faire signe, les accompagner quelques heures, quelques nuits, toute une vie peut-être. C’est un lieu où elle se sent bien. A l’abri et en même temps prête à toutes les aventures intérieures. Bordée. Elle est venue se glisser là comme entre les pages d’un livre aimé. Peut-être un sourire à échanger, quelques mots. Ce serait suffisant. Elle a besoin ce soir de s’appuyer à l’humanité discrète et de ceux qui lisent. Elle s’attarde à observer l’un ou l’autre, debout, plongé dans la lecture qui l’emporte, le corps encore posé là, devant la table en bois ou les étagères, et déjà hors du monde. Elle les dessine dans sa tête, attend de se fondre peu à peu dans cette drôle de famille, de sentir qu’elle fait aussi complètement partie du navire silencieux et rêveur. » Jeanne Benameur.

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Classé dans Les critiques, Les extraits

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