Amours interdites d’Elisa Mignot

Couverture AMours interdites Elisa MignotPour rester dans le ton de cette semaine marquée par l’élection du 266e pape, j’ai lu Amours interdites, des prêtres et des femmes parlent. Je doute fort que François apprécie le propos de ce livre, lui dont la presse dit qu’il est dans la droite ligne de Benoît XVI en matière de doctrine : contre l’ordination des femmes, contre l’avortement, contre le mariage des prêtres, contre le mariage homosexuel.

Rédigé par Elisa Mignot, journaliste indépendante de 28 ans, Amours interdites, sorti en octobre dernier, est un recueil de témoignages. Ceux de prêtres et de religieuses ayant failli à leurs vœux de chasteté. Certains vivent aujourd’hui une vie amoureuse cachée. D’autres ont renoncé à leur amour, la mort dans l’âme mais dans l’impossibilité de faire table rase de toute une vie consacrée à Dieu. D’autres encore ont rendu leur soutane pour vivre au grand jour ce qu’ils n’auraient jamais crû possible. Tous racontent avec une belle sincérité leurs questionnements, leurs souffrances, leurs doutes, leur foi.

Un témoignage m’a particulièrement touchée. Celui d’une jeune femme née il y a 18 ans de l’union d’un homme, prêtre et psychologue, et d’une femme médecin. Dès l’âge de quatre ans, elle a grandi seule avec sa mère, passant cependant plusieurs jours par mois chez son père… au presbytère. Bien sûr, on pourrait penser que son enfance a été celle de tout autre enfant de parents séparés. Pas seulement. Elle, en plus, a dû taire la profession de son père, se cacher sous le lit lorsque l’évêque venait au presbytère, supporter d’être présentée par son père comme « une nièce, une filleule, la fille d’une amie »… Que de souffrances !

Au-delà de ces aspects poignants, je me dis que décidément l’église catholique fait preuve d’une belle hypocrisie. Car comment une enfant qui vient régulièrement dans un presbytère, pendant des années, peut-elle « passer inaperçue » ? Comment ne pas se questionner sur sa présence, son identité, ses liens avec celui qui l’accueille dans un lieu, somme toute, peu commun ?

Que de vies gâchées !

Extrait, page 156 : « Stella a 17 ans. Sa mère l’a eue à 41 ans avec G., un homme qu’elle aimait passionnément depuis des années. Cet homme était prêtre et il l’est encore. Aujourd’hui, il a près de 80 ans. Sa fille le voit régulièrement. O., elle, a refait sa vie. […]. De l’histoire de ses parents, Stella connaît bien des choses. Leur rencontre à l’hôpital – sa mère est médecin, son père était, en plus de son ministère, psychologue -, leur amour et sa venue au monde. « ça a été dur pour ma mère. Il ne la présentait pas à ses amis et le bébé, c’est-à-dire moi, non plus » dit-elle. Au presbytère, ma mère ne pouvait même pas ouvrir la porte. Elle était seule. Et, ajoute-t-elle en écarquillant ses yeux bleus, il n’était même pas là le jour de ma naissance ! Il était parti en week-end avec des amis médecins. Ma mère me l’a raconté. » Stella et O. sont très proches. En dépit de quelques frictions, elles forment un noyau qui, balloté par les épreuves de la vie, s’est soudé. O. semble lui avoir toujours tout dit. A cette enfant dont une partie de la vie était cachée elle ne voulait probablement pas ajouter une ombre. « Maman s’imaginait vieillir avec lui dans la maison des Cévennes. Elle est partie dans une utopie totale, elle était complètement à côté de la plaque, commente durement la jeune fille. Il lui a dit : ‘’Si j’arrêtais d’être prêtre, je m’écroulerais comme un château de cartes’’. Qu’ajouter ? » raconte Stella sans amertume ni animosité ». Elisa Mignot.

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