Alceste à bicyclette de Philippe Le Guay

Affiche Alceste à bicyclette de Philippe Le GuayRevigorante surprise que cet Alceste à bicyclette !

C’est dans une île de Ré désertée par les touristes très « bon chic bon genre » que se déroule le dernier film de Philippe Le Guay, celui-là même à qui l’on doit Les femmes du 6e étage, avec déjà, Fabrice Luchini.

Acteur réputé du petit écran, adulé par la France entière, Gauthier Valence – interprété par Lambert Wilson – se rend sur l’île de Ré pour proposer à Serge Tanneur – Fabrice Luchini -, un acteur qu’il admire, de monter avec lui Le Misanthrope de Molière. Sauf que Serge Tanneur ne veut pas en entendre parler. Voilà déjà trois ans qu’il a quitté le monde du cinéma et du théâtre, un monde qu’il vomit tant pour sa superficialité que pour sa méchanceté, et pour rien au monde il ne rempilerait. Pourtant, cet homme amoureux des vers de Molière ne peut s’empêcher de réciter les premiers alexandrins de la pièce. Il se prend alors au jeu et Gauthier Valence lui propose de répéter la pièce cinq jours durant pour qu’il puisse, à l’issue de cette période, se décider, tous deux devant alterner les rôles d’Alceste et de Philinte.

Si le début est un peu poussif et manque de naturel, le spectateur se prend vite au jeu, lui aussi, et se délecte d’entendre la sonorité de la langue de Molière, la puissance du verbe, l’adjectif ciselé qui touche au cœur tel un fleuret. Si les deux acteurs, au fil des répétitions, prennent assurément plaisir à jouer ensemble, on sent poindre cependant la rivalité : celle d’un ancien acteur, orgueilleux, blessé, qui a quitté un monde qu’il exècre, et qui aime à se faire supplier face à celle d’un acteur de série TV en pleine gloire qui rêve cependant de monter sur les planches pour faire aussi bien voire mieux que son acteur fétiche. Et lorsqu’une femme se met entre eux, le misanthrope se révèle…

J’ai passé un bon moment devant Alceste à bicyclette malgré quelques longueurs. Ce film d’une heure quarante-quatre aurait mérité d’être un « poil » plus court selon moi et Philippe Le Guay aurait dû laisser sa caméra à l’île de Ré plutôt que d’emmener le spectateur à Paris à la toute fin du film. Plusieurs passages sont vraiment réjouissants, notamment la scène où les protagonistes font du vélo sur l’air approprié. Fraîcheur et naturel pur jus ! Quant aux vers de Molière, on s’emparerait volontiers de la pièce en rentrant chez soi, histoire d’apprendre quelques tirades !

Philinte : Qu’est-ce donc ? Qu’avez-vous ?

Alceste : Laissez-moi, je vous prie.

Philinte : Mais, encor, dites-moi quelle bizarrerie…

Alceste : Laissez-moi là, vous dis-je, et courez vous cacher.

Philinte : Mais on entend les gens, au moins, sans se fâcher.

Alceste : Moi, je veux me fâcher, et ne veux point entendre.

Philinte : Dans vos brusques chagrins, je ne puis vous comprendre ;

Et quoique amis, enfin, je suis tous des premiers…

Alceste : Moi, votre ami ? Rayez cela de vos papiers. J’ai fait jusques ici, profession de l’être ;

Mais après ce qu’en vous, je viens de voir paraître,
Je vous déclare net, que je ne le suis plus,
Et ne veux nulle place en des cœurs corrompus.

Philinte : Je suis, donc, bien coupable, Alceste, à votre compte ? »

Acte I, scène première, Molière, Le Misanthrope.

Pour voir la bande-annonce :

 

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1 commentaire

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Une réponse à “Alceste à bicyclette de Philippe Le Guay

  1. Domi

    Tu vas trop vite pour moi. Tu as déjà vu le film avant même que je me rende compte qu’il est sorti… Bises

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