Mère disparue de Joyce Carol Oates

A 31 ans, Nikki Eaton mène sa vie loin du modèle que sa mère a tenté de lui transmettre. Elle semble d’ailleurs mettre un point d’honneur à faire ou ne pas faire ce que sa mère n’aimerait pas qu’elle fasse ou aimerait qu’elle fasse. Si Nikki apprécie sa sœur, Clare, de deux ans son aînée, elle a cependant du mal à échanger avec elle. Les deux ont des vies à l’opposé l’une de l’autre. Tout change cependant lorsque Nikki retrouve sa mère allongée sur le sol du garage dans une mare de sang, assassinée quelques jours après la fête des mères. Fête à laquelle elle n’était venue que pour faire plaisir à sa mère. C’est le début pour elle d’une profonde interrogation sur le sens de sa vie, sur la relation qu’elle entretenait avec sa mère, sur les liens qui l’unissent à sa sœur. Le début aussi d’un travail de deuil qui la conduira loin, bien plus loin qu’elle ne l’aurait imaginé.

J’ai beaucoup aimé ce livre à l’écriture sensible et intelligente. J’y ai retrouvé quelques similitudes avec les livres de Douglas Kennedy en terme d’ambiance notamment. Joyce Carol Oates réussit à merveille à nous faire entrer dans l’univers de cette famille qui, comme toutes les familles ou presque, possède ses secrets, ses non-dits, son histoire plus ou moins connue par les autres membres de la famille, chacun détenant ou croyant détenir une parcelle de vérité.

Extrait, page 197-198 : « Réveille-toi Nikki. Tu as l’air d’un zombi !

Clare rit avec exaspération. En me donnant une poussée au creux des reins, comme elle le faisait lorsque nous étions adolescentes, pour me secouer.

Il était presque midi. Nous travaillions depuis des heures. Les yeux me cuisaient, j’avais les mains crasseuses et les genoux douloureux à force d’être accroupie. J’étais tombée dans une transe éveillée, tandis que Clare soufflait, haletait, grognait, poussait des cartons et fondait sur des objets sans défense pour y coller ses Post-It. Je m’attendais presque à en découvrir un, de couleur verte, sur mon front : « à donner à une association caritative ».

J’en voulais à Clare de condamner presque tous les vêtements de nos parents à être « vendus », « donnés » ou « jetés ». Je lui en voulais de la façon dont, si je paraissais hésiter, elle me prenait l’objet des mains et s’en occupait elle-même… mais je savais, bien sûr, qu’elle avait raison. Au cours de notre histoire commune, Clare avait toujours eu raison. C’était une pure question de logique. Il fallait vider la maison. A qui aurions-nous pu donner… les vieilles vestes de sport de papa, ses chemises de « soirée », son pyjama de flanelle écossaise ? A qui, ses nombreuses chaussettes ? (Toutes soigneusement appariées par maman, bien sûr). Aucun membre de la famille, Rob Chisholm compris, n’aurait été intéressé par le costume bleu marine à larges revers de Jonathan Eaton, ni par son élégant peignoir bleu roi avec sa ceinture à glands dorés. […]

« Tu ne trouves pas étrange que maman ait conservé tout ça, Nikki ! On se demande pourquoi. » Moi, je ne me le demandais pas. Si pénible qu’il me fût de me défaire des vêtements de papa, c’était encore pire pour ceux de maman. Surtout ceux qu’elle avait cousus ou tricotés elle-même ». Joyce Carol Oates.

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