American Darling

American Darling de Russell Banks

C’est le deuxième livre de Russell Banks que je lis et je me demande si je ne vais pas me mettre à lire tout ce qu’il a déjà pu écrire tant je trouve cet écrivain exceptionnel. L’intrigue d’American Darling prend essentiellement place au Liberia, petit pays d’Afrique de l’ouest d’un peu plus de 3 millions d’habitants. Au début du livre, Hannah Musgrave, une américaine de 59 ans, issue d’une famille bourgeoise, décide de quitter temporairement la ferme écologique qu’elle dirige dans les Adirondacks dans l’Etat de New York, pour partir au Liberia, pays dans lequel elle y a construit sa vie. Ce retour aux sources est l’occasion pour elle de clore un chapitre de son existence. Une existence sinueuse, troublée, à double fond, en raison de la personnalité de cette femme, froide, semblant incapable d’exprimer ses émotions, et des choix de vie qu’elle a faits lorsqu’elle avait vingt ans. A cette époque, dans les années 70, Hannah Musgrave, fuyant sa destinée toute tracée, intègre le mouvement du Weather Underground. Ce collectif de la gauche radicale se revendique anti-impérialiste et antiraciste, milite contre la guerre du Vietnam et n’hésite pas à commettre des attentats pour, croit-il, servir sa cause. C’est pour échapper à la justice de son pays qu’Hannah Musgrave s’expatriera au Liberia. Mais la fuite élimine rarement la source du problème…

Ce livre est tout à fait passionnant et mêle habilement fiction et réalité. La fiction, c’est Hannah Musgrave. La réalité, c’est celle du Liberia et des relations dangereuses qu’il a développé avec les Etats-Unis depuis sa fondation en 1822. Par l’entremise de son personnage principal sur fond de politique étrangère américaine, Russell Banks se livre à une critique acerbe de la conduite de son pays, toujours prompt à donner des leçons de morale au monde entier et dénonce un Etat hégémonique. Au moins autant que les dictatures qu’il a mises en place et financées en Afrique et ailleurs, sauf que les moyens utilisés ne sont pas les mêmes.

Si vous ne savez plus quoi lire, saisissez-vous d’American Darling, vous ne devriez pas le regretter !

Extrait, page 33 : « Je portais assez d’argent américain autour de ma taille et dans mon sac à dos pour financer ces quelques démarches. J’en avais même sans doute suffisamment pour pouvoir profiter d’occasions inattendues ou satisfaire quelque nécessité imprévue. Sauf, bien entendu, si l’on m’attaquait, me déshabillait, me dépouillait ou pire. D’une façon générale, cependant, je comptais acheter ma sécurité. Ce que la corruption totale a de plus réconfortant et de plus utile, c’est justement qu’elle est totale. Elle est systémique, du haut en bas de l’échelle, donc prévisible et plus ou moins rationnelle. Par conséquent, je n’étais pas particulièrement courageuse, pas même imprudente.

De toute façon, je ne voyage pas la peur au ventre. Ça ne m’est jamais arrivé. Si j’ai peur, je ne me déplace pas ; je reste là où je suis. Il y a bien des années, quand j’avais juste la trentaine et que, vivant dans la clandestinité aux Etats-Unis, j’allais de cachette en cachette, des camarades qui savaient mieux que moi ce qu’est la vie d’un fugitif m’ont appris que celui qui craint de se déplacer, surtout si c’est une femme, n’est jamais en sécurité. Donc, si tu as peur, reste là. Ne bouge pas. Fonds-toi dans le décor. Tu ne feras qu’attirer l’attention si tu cours » Russell Banks.

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Classé dans Les critiques, Les extraits

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