Black Cherry Blues

Black Cherry Blues de James Lee Burke

Bon polar que celui je viens de lire. Noir et impitoyable à souhait. Black Cherry Blues est le troisième opus de la série entamée en 1987 par James Lee Burke, auteur texan né en 1936, mettant en scène Dave Robicheaux, ex-flic démissionnaire, ex-alcoolique, vétéran du Vietnam. Dans Black Cherry Blues, Dave Robicheaux vit en Louisiane, à New Iberia, entre Alafair, sa fille adoptive de 6 ans, Baptist et Clarisse, deux employés noirs qui l’aident à tenir son commerce de location de bateaux. Hanté par l’assassinat de sa femme, il vit au jour le jour, sans réel projet si ce n’est de s’occuper d’Alafair du mieux possible. Sa vie va basculer lorsqu’il rencontre Dixie Lee Pugh, une vieille connaissance très imbibée d’alcool. Ce dernier, arrivé tout droit du Montana, lui explique qu’il a été le témoin d’une conversation entre deux de ses collègues faisant état d’un double meurtre et lui demande de l’aide. Dans un premier temps, Dave Robicheaux tentera de se tenir à l’écart de Dixie Lee Pugh et de ses bouteilles d’alcool, avant de sombrer dans un tourbillon de violence sur fond de spoliation de territoires indiens par une compagnie de forage.

Si l’intrigue est quelque peu compliquée et nécessite que vous lisiez ce livre rapidement, James Lee Burke excelle dans la description de l’univers cajun, des paysages de Louisiane et du Montana. Le portrait psychologique de ses personnages est lui aussi d’une grande finesse. Auteur prolifique – il publie un livre par an – James Lee Burke est aujourd’hui considéré comme le Faulkner du roman noir, poète du bayou. L’un de ses livres, Dans la brume électrique, a été adapté au cinéma en 2007 sous le même titre par Bertrand Tavernier. On y retrouve Dave Robicheaux interprété par l’excellent acteur Tommy Lee Jones.

Extrait, page 23 : « Je serrai Alafair contre moi, l’embrassai sur les cheveux et allai me déshabiller dans la chambre avant de prendre une douche. La brise par la fenêtre sentait la terre et les arbres humides, délicatement parfumée par les belles-de-nuit encore ouvertes sous les ombrages. J’aurai dû éclater d’énergie en ce matin de printemps, mais je me sentais à plat, vidé, une vraie chiffe molle qui se promènerait aux confins de sa propre enveloppe. La raison n’en était pas simplement une nuit d’insomnie et de mauvais rêves. Ces périodes-là descendaient sur moi aux moments les plus bizarres, comme si mon cœur me chassait au travers du corps un sang avarié pour que, soudainement, mon esprit vînt s’illuminer d’images et résonner de bruits que je n’étais pas bien prêt à accepter.

La chose pouvait m’arriver n’importe où. En cet instant précis, c’était dans ma chambre à coucher. J’avais remplacé plusieurs planches du mur, j’avais calfaté les trous de chevrotine double-zéro et de balles à gros calibres au bois synthétique avant de les poncer au papier de verre. La tête de lit au bois creusé et déchiqueté, où le sang de ma femme avait laissé ses taches marron comme un mouchetis de brosse à peinture qu’on aurait secouée là, gisait dans un recoin de la vieille grange effondrée à une extrémité de ma propriété. Mais lorsque je fermai les yeux, je vis les traînées de flammes des fusils de chasse dans l’obscurité, j’entendis les explosions des cartouches, aussi violentes que les éclairs au-dehors, j’entendis les hurlements de ma femme qui cherchait refuge sous un drap en essayant de se protéger de ses deux mains tandis que je me ruais dans une course frénétique vers la maison sous la pluie, mes propres hurlements noyés sous le tonnerre qui roulait au travers des terres ». James Lee Burke.

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