Miroir de nuages

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Ce matin vers 9h00 au parc de Miribel-Jonage. C’est ce qui s’appelle être au bon moment au bon endroit, non ?

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Océan

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« Océan. Masse d’eau occupant à peu près les deux-tiers d’un monde destiné à l’homme – lequel est dépourvu de branchies ». Ambrose Bierce (1842-1914), écrivain et journaliste.

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Les corps inutiles de Delphine Bertholon

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C’est l’été, la fin des cours. Clémence a quinze ans et quitte, le temps d’une soirée avec des amis, le domicile de ses parents. La ruelle au nom d’oiseau qu’elle emprunte si souvent est déserte. Il fait encore jour. Soudain, un homme qu’elle n’a pas vu arriver l’attrape et pose la lame froide de son couteau sur son cou. En l’espace de quelques minutes, Clémence perd sa candeur et son insouciance. Elle avait quinze ans, elle a mille ans désormais. Un traumatisme qui va marquer toute son existence.

C’est un livre magnifiquement bien écrit que nous offre Delphine Bertholon. Tout au long de cette histoire, qui prend assez vite des accents de polar, nous retrouvons Clémence, tantôt à quinze ans, tantôt à 30 ans. Un temps maquilleuse pour le cinéma, elle est finalement devenue maquilleuse de poupées gonflables pour mâles esseulés, travaille seule et à l’abri de tous les regards, enfermée dans sa douleur, murée dans le silence, coupée de ses émotions et de son ressenti corporel. Boire une tasse de café brûlant, se trancher la paume de la main ne lui fait aucun effet puisque, depuis ce soir d’été qui devait être une fête, elle ne ressent physiquement plus rien.

Delphine Bertholon manie avec brio la valse des sentiments, de la peur à la haine, n’épargne rien au lecteur et suscite chez lui ces mêmes émotions. Un roman poignant qui évoque tour à tour la culpabilité, ces choses tues, fantômes de nos vies, qui n’en finissent pas de nous meurtrir, ainsi que le rapport au corps. Impossible de fermer ce livre une fois commencé.

Extrait, page 71 : « Recluse dans sa chambre, elle se persuadait : d’ici quelques semaines, tout au plus quelques mois, elle aurait oublié ce pénible incident. Elle était toujours vierge, l’important était sauf. Virgile avait raison, ce n’était pas si grave. Un accident de parcours, un heurt sans conséquence – l’un de ces petits riens qui émaillent l’existence. Elle répétait le mot « rien » jusqu’à le vider, piètre ironie, de toute signification. ; mais une image sans cesse lui revenait en mémoire, un autre incident, un lointain souvenir. Le vase de la grand-mère, fracassé en faisant du roller quand elle avait dix ans… dans le couloir. Bien sûr, patiner dans le couloir était formellement interdit par la loi : elle avait pris une rouste, la seule de sa vie. Son père ne l’avait jamais frappée, ne frapperait plus jamais, sans doute de cette baffe s’était rendu malade. Mais cette fois-ci, elle avait pris une rouste, comme si elle avait brisé bien autre chose qu’un objet – mille morceaux de Mamie morte explosés sur le sol. La cadette, Suzanne, avait trois ans à peine : elle rigolait jusqu’à s’en étouffer, sans rien comprendre du drame qui se nouait ici, sur le parquet Versailles entre les bouquets ronds. Aux yeux de Suzie, c’était juste le bazar, la fête nationale, une sorte d’attraction dans cet appartement où personne (jamais) ne disait un mot plus haut que l’autre. » Delphine Bertholon.

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Pasolini, una vita violenta

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À voir jusqu’au 10 août prochain à Lyon, l’exposition que la bibliothèque de la Part-Dieu consacre au cinéaste et écrivain Pier Paolo Pasolini, assassiné il y a 40 ans, sur un terrain vague à Ostia près de Rome. À travers de nombreux documents (affiches de films, photographies, journaux, livres, …), cette exposition retrace le parcours de cet homme hors normes, écorché vif, se réclamant du marxisme tout en observant le monde d’un point de vue sacré, dont l’œuvre et la vie ont souvent fait les gros titres tant elles étaient considérées – par une certaine société bien-pensante toujours prompte à donner des leçons de morale – comme scandaleuses.

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Pardonnable, impardonnable de Valérie Tong Cuong

Pardonnable, impardonnable de Valérie tong Cuong

Milo a 12 ans. Alors que ses parents sont partis avec sa grand-mère quelques heures durant, il est gardé par sa tante Marguerite qu’il adore. Tous deux décident d’aller se promener en vélo. Il fait beau, ce sont les vacances pour quelques jours encore, Milo et Marguerite sont heureux. Quand soudain c’est la chute, l’effroyable chute qui laisse Milo dans le coma. Mais que faisait donc Marguerite à ce moment-là ? Et pourquoi cette balade en vélo alors que Marguerite était censée faire réviser Milo ?

Réunis au chevet de celui-ci, Céleste, la sœur aînée de Marguerite, la fille parfaite selon sa mère, Lino son mari, gentil mais pas à la hauteur des ambitions de Jeanne, la mère de Céleste, qui est là aussi ainsi que Marguerite, rongée par la culpabilité, assaillie de toute part parce qu’il faut bien trouver un coupable lorsque la réalité est insupportable.

Pardonnable, impardonnable est un livre poignant. Roman choral dans lequel chacun des protagonistes – sauf Milo – s’exprime chapitre après chapitre, laissant ainsi entrevoir la palette de sentiments qu’ils nourrissent les uns vis-à-vis des autres – de la colère à la haine – au fur et à mesure de l’évolution de l’état de santé du garçon de 12 ans, le dixième livre de Valérie Tong Cuong explore les secrets de famille et les dégâts que font les mensonges ou ce qui est tu. Milo est un symptôme. Celui du malaise qui enfle année après année dans sa famille. Un malaise comme un ver qui ingère les rancoeurs des uns et des autres jusqu’à la pourriture. C’est par lui que la famille explose. C’est pour lui que chacun, au fil des visites à l’hôpital, évoluera, de manière chaotique et douloureuse, vers un possible pardon… d’eux-mêmes avant tout.

Belle écriture avec des personnages au profil psychologique bien travaillé qui ne peuvent guère laisser indifférent le lecteur qui passe, lui aussi, par toutes les palettes de sentiments. Lecture projective. Roman émouvant aux larmes.

Extrait, page 102 [c’est Marguerite qui s’exprime dans ce chapitre] : « Je suis un champ de bataille. Les pensées s’affrontent, s’agressent, se contournent, où est la vérité ?

C’est ma faute, j’ai insisté pour que Milo prenne ce vélo, j’ai proposé de faire la course, je lui ai promis de lui prêter ma montre chronomètre qu’il aime tant. C’est la faute de Lino, sans cette idée de dernière minute, nous serions restés à la maison, je n’aurais pas eu à inventer un prétexte pour interrompre notre travail. Il prétend que cela n’a rien à voir avec moi : tu parles ! Reconnaître, ce serait admettre sa culpabilité avec circonstances aggravantes. Il se protège. Il se défend.

C’est la faute de ma mère. Il faut toujours que Jeanne me mette de côté, qu’elle me traite comme une gamine. Si nous étions partis tous ensemble pour choisir ce fichu carrelage de piscine, rien de cela ne se serait produit.

Peu importe. Au bout du compte, je suis seule responsable. Je suis le dernier maillon de la chaîne, le dernier aiguillage avant l’accident. » Valérie Tong Cuong.

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L’effet aquatique de Solveig Anspach

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Quadra lunaire, Samir est grutier à Montreuil. Il aime regarder la ville le soir lorsque le chantier est fermé, le casque audio vissé sur les oreilles. Un soir, il croise Agathe dans un bar. Trentenaire nourrie à la colère, elle est maître-nageuse à Montreuil. Séduit par cette personnalité électrique, il décide d’aller prendre des cours de natation avec elle, histoire de l’approcher, alors qu’il sait parfaitement nager. Le subterfuge tombe à l’eau rapidement et avec lui sa possible idylle avec Agathe, cette dernière détestant les menteurs. Choisie pour représenter la Seine-Saint-Denis au dixième congrès des maîtres-nageurs qui a lieu en Islande, Agathe s’envole quelques jours plus tard sans un mot. Fou d’amour, Samir part à son tour…

L'EFFET AQUATIQUE

Crédit photo : Elsa Palito

Beau film burlesque et poétique à la fois, dans une ambiance tantôt chlorée, tantôt sauvage ! Les acteurs – Florence Loiret-Caille et Samir Guesmi notamment – incarnent à merveille un petit bout de femme qui en veut à la planète entière et plus précisément aux hommes quand Samir Guesmi, lui, est touchant de naïveté et de maladresse.

Un film qui rafraîchit par ces temps troublés, un film touchant, rempli d’espoir que n’a malheureusement pas pu finir de monter sa réalisatrice décédée le 7 août 2015.

Pour voir la bande-annonce :

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L’empathie se développe en lisant

Bcher und Herz

Crédit photo : Fotolia | Jenny Sturm

C’est le bilan des études réalisées sur l’influence de la fiction sur notre capacité à comprendre les autres, publié hier dans la revue Trends in Cognitive Sciences. Son auteur, Keith Oatley, professeur de psychologie appliquée à l’université de Toronto le résume ainsi au journal Le Monde daté du 20 juillet 2016 : « La fiction accroît notre expérience sociale et nous aide à la comprendre ». Selon le professeur, c’est à la fois « l’histoire racontée – et la manière dont elle est racontée sur le plan littéraire – mais aussi les processus d’inférence que nous activons pour comprendre les personnages de roman et notre implication émotionnelle qui développerait notre empathie ». En conclusion, cet été, lisez, lisez, lisez !

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